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mardi 31 juillet 2007

Widgets et modèles économiques

Widgets et modèles économiques

Mise à jour, 2 août !!!

Après : 1) mon Rendez-vous avec Tariq Krim (Modèle économique de Netvibes = Univers + Widgets) et 2) Widgets business models (are widgets the next big thing?)), voici un troisième billet de réflexion sur la monétisation des services Web 2.0, et plus précisément des widgets.

Fin 2006, Newsweek titrait que 2007 serait l'année des widgets, et l'évolution des choses semble le confirmer. En juin, Ouriel écrivait :
Les widgets sont une forme de biens virtuels, et même si la plupart des compagnies de widgets tirent aujourd’hui leurs revenus de la publicité, je vois bien les widgets propulser une économie de micro-transaction massivement distribuée dans un futur proche.
Ne reste plus qu'à trouver les recettes économiques qui vont avec, et ça c'est moins facile, notamment parce que les différents acteurs en jeu tâtonnent et n'ont pas encore une vision très aboutie des modèles à mettre en place.

I. La première raison est qu'en général il s'agit de services gratuits se superposant à d'autres services gratuits, cf. Don Dodge : free services layered on top of other free services are not a sustainable model, ce qu'il a joliment intitulé le modèle économique du rémora.

Ça ne l'empêche pas de proposer des pistes de monétisation :
  1. le modèle Freemium
  2. les parrainages
  3. la répartition des revenus (rev sharing)
  4. les réseaux de syndication
1. Dans le premier cas (Freemium = contraction de Free + Premium), il s'agit de proposer un service gratuit à la base et de graduer plusieurs options payantes (utilisation de stats, montée en puissance du service, etc.).

2. Les parrainages (une marque sponsorise un widget), les affiliations, sont des solutions déjà éprouvées qui ont encore un bel avenir. J'en veux pour preuve le boom d'une formule comme Blogbang avec les blogueurs (et les annonceurs), à condition que le back-end suive (gare au reverse buzz !)...

3. C'est avec la répartition des revenus entre les différents acteurs que va se jouer une bonne part de l'avenir et de la réussite des widgets. Le diffuseur peut faire payer le développeur et/ou l'utilisateur, et je pense que ce cocktail est au cœur de la réflexion de Netvibes. Qui dure, certes, mais apparemment, à ce jour, aucun des grands acteurs du Web ne connaît le dosage miracle.

4. Les réseaux de syndication, voire de "super-syndication" (introduction de l'événementiel, dans le cinéma, notamment, pour toujours coller à l'actu), où le widget qui bénéficie d'une ample diffusion sert à promouvoir un contenu quelconque. En effet, le trafic seul ne suffit pas si vous n'avez rien d'autre à offrir, mais de nombreux types de contenus peuvent être imaginés, notamment des achats (puisqu'au final, c'est ce qui intéresse le plus les marchands :-)

II. Le deuxième faisceau de raisons, c'est que la plupart des widgets sont éphémères, avec des qualités et des taux d'audience qui vont du zéro au très peu / très pauvre. Ça manque d'idées. Impossible donc de bâtir quoi que ce soit de rentable là-dessus, la longue traîne des widgets, c'est pas pour demain...

Dans un registre un peu différent de celui de ClearSpring, mais tout aussi conscient de la nécessité de développer des widgets de qualité, Franck Poisson a imaginé sa WebWag Factory en mode win-win, où les meilleurs widgets rapportent rémunération et visibilité à leurs développeurs, ainsi motivés à se surpasser pour gagner plus et mettre leur savoir-faire en vitrine.

Car lorsque les widgets sont supportés par des plateformes à succès et adoptés à grande échelle par les internautes, c'est là qu'ils déploient toutes leurs potentialités, comme avec le binôme RockYou + Facebook. L'idée de RockYou est simple : profiter de sa très large et très rapide diffusion sur Facebook pour assurer une large base d'utilisateurs à ses annonceurs et proposer une rémunération au CPA, ou coût par action.

Autre recette, celle de Socialmedia.com, qui compte déjà 13 millions de widgets installés et dont l'un des responsables, Dennis Yu, déclare :
"Applications are just exploding. The volume on our surveys is just crazy... We're finding that they monetize better than ads."
En clair, c'est en train d'exploser, mais ce n'est qu'un début. Quant aux retombées en termes de monétisation, elles sont meilleures qu'avec la pub "traditionnelle" ! (avec au passage un moyen de plus d'améliorer son optimisation pour les médias sociaux...)

Mais là encore, les ingrédients restent à doser, comme le rappelle Ouriel à propos d'iLike, en soulignant également le danger potentiel de ne s'adosser qu'à une seule plateforme, et en observant dans son billet d'aujourd'hui :
« je ne suis pas certain que FaceBook voie cela d’un bon oeil. Si d’autres font de l’argent sur son dos sans toucher une part du gateau je pense que FaceBook finira par devenir une coquille vide. Surtout si les conditions générales interdisent la monétisation sans son accord. »
Je vous le disais : tout est question de dosage ! Mais soyez sûrs que ceux qui sauront préparer le meilleur cocktail toucheront le jackpot... En attendant, devant le succès phénoménal remporté par Facebook, Bebo vient de s'ouvrir aux développeurs et il est à prévoir que d'autres suivront pour ne pas être en reste.


P.S. Ce que je souhaite à Netvibes ou à WebWag, cocorico :-)

Liens connexes :
  1. Les widgets : nouveaux moteurs du web ?
  2. Attention, les widgets débarquent... !
  3. Live USA : Chumby, le gadget à widgets
  4. Dix gadgets pour le Volet Windows de Vista
  5. Yahn44's widgets on Delicious
  6. Wigipedia
  7. La situation des widgets en avril 2007 (comScore)

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lundi 30 juillet 2007

Widgets business models (are widgets the next big thing?)

Widgets business models (are widgets the next big thing?)

Qu'est-ce qu'un widget ?
Les interactions entre les trois pôles
Les modèles économiques liés aux widgets

Suite à ma rencontre avec Tariq Krim, sa petite phrase sur les milliards de widgets devant servir de base à la rentabilisation de Netvibes n'a pas laissé de m'interpeler une seconde, et j'avoue avoir mis une dizaine de jours avant de la comprendre. Aujourd'hui, je pense y être parvenu et vais donc tenter de vous expliquer ma vision des modèles économiques (il n'y a pas de modèle unique, plusieurs dosages sont possibles) liés aux widgets, ces étranges bêtes virtuelles dont l'appellation fourre-tout n'aide franchement pas à la compréhension.

Qu'est-ce qu'un widget ?
(une définition parmi tant d'autres...)

Modules, gadgets, applis (API), extensions, mashups ou autres, les widgets sont avant tout des services, comme Feedburner, MyBlogLog, Sitemeter, Criteo, etc. pour citer des exemples connus et largement utilisés sur le Web, y compris francophone ou ... Adscriptor. Autant d'utilitaires s'intégrant dans votre environnement graphique en ligne ou hors ligne et servant généralement à personnaliser votre présence : ça vous donne l'heure en fonction des fuseaux horaires de votre choix, le temps qu'il fait chez vous ou à l'autre bout du monde, un dictionnaire ou un traducteur, l'agenda pour y noter vos rendez-vous et tout ce que vous pouvez souhaiter. Les applications possibles n'étant limitées que par l'imagination, autant dire qu'elles sont infinies...

L'Internet, en phase de widgétisation aiguë, est effectivement peuplé de milliards de widgets, ce n'est pas nouveau, par contre ce qui l'est, c'est comment les monétiser à grande échelle, à l'instar de ce qu'a réussi Google avec la publicité contextuelle, encore à l'origine de la plupart des revenus de l'ogre de Mountain View (je savais pas comment le nommer pour éviter la répétition :-), même si l'heure a sonné de trouver des modèles alternatifs après les nombreuses perversions et incohérences constatées. Ceci étant, rassurez-vous, la pub contextuelle a encore de beaux jours devant elle...

Ici je voudrais oser une dichotomie entre pub contextuelle et widgets, où en gros la première regroupe tout ce qui est TEXTE (les mots) et les seconds le RESTE (vidéos, photos, musique, achats, etc.). Ça fait des mois, voire des années, que les acteurs majeurs du Web tirent la langue et bavent pour tenter d'apprivoiser des modèles publicitaires applicables à toutes les situations de navigation, préalable indispensable pour que le réseau des réseaux puisse prétendre à la maturité de sixième grand média. Et générer les milliards et davantage que laisse espérer le gigantesque pactole du marché publicitaire sur Internet...

Le binôme Adwords/Adsense et les solutions similaires ont été une première réponse, les widgets sont probablement l'étape suivante. Essentiellement basée sur les interactions entre trois pôles, que j'appellerai :
  1. les développeurs ;
  2. les diffuseurs ;
  3. les utilisateurs.
Sans oublier la multiplicité des supports envisageables, ordinateurs de bureau, portables, téléphonie fixe et mobile, dispositifs itinérants, informatique embarquée et domotisée, etc., ce qui démultiplie les interactions possibles, dès lors que chacune peut être reproduite à l'infini sur les différents supports... [Début]

Les interactions entre les trois pôles

À chaque pôle une "entité" pouvant recouvrir plusieurs acteurs : par exemple, le "développeur" peut être un individu, un réseau de distribution, une régie, etc. La présence du trait haché de la flèche reliant le "développeur" à l' "utilisateur" indique que le premier peut parfois toucher le second sans passer par le "diffuseur", même si dans ce modèle tripartite, c'est ce dernier qui se taille la part du lion. Quelques diffuseurs : MySpace, Facebook, eBay ou ... Netvibes, GYMA, etc.

En effet, 99% des fois, seul le diffuseur garantit la visibilité et l'exposition suffisantes pour créer l'effet de taille nécessaire à la satisfaction de l'annonceur. Le diffuseur joue un rôle central en accueillant/affichant le widget sur sa plateforme. Or si vous imaginez le widget - à la fois contenant et contenu - comme une fonctionnalité créée par le développeur à destination de l'utilisateur, il est clair que plus la plateforme d'accueil est importante, plus le nombre d'utilisateurs touchés est élevé.

De même il est probable que ces éléments, plateformes et widgets, vont vite devenir deux des piliers sur lesquels se bâtira le futur écosystème de l'Internet, déjà en route. Avec des plateformes de plus en plus puissantes mais ouvertes, complètes mais faciles à prendre en main, sophistiquées mais gratuites, où l'utilisateur n'a plus qu'à créer/publier/diffuser son contenu (le fameux UGC) dans un environnement intégré, collaboratif.

En outre, comme le dit si bien Ryan Gahl :
The true web platform will transcend server-centric vs. client-centric programming models. Developers (or rather, idea implementers) on this new breed of platform will be doing web-centric development. Processing, storage, database, hosting and deployment concerns will all be abstracted away to a "pluggable provider model" that will be as easy to change as checking a box. The ideas and the communities that arise around those ideas are what will matter. The implementations will be largely interchangeable, and most certainly extensible.

The complete platform will provide an infrastructure on which to build upon. It will include a widget to widget communication system, and here's the catch: that communication system will work the same for widgets within the same page (or application space) as well as for widgets being used in completely different contexts, in different applications, on different computers, in different parts of the world, and across spans of time. This messaging will be orchestrated, secure and reliable.

Libre traduction : « Les véritables plateformes Web ont des modèles de programmation dont le centre de gravité se déplace du serveur vers le client. Les développeurs (ou, pour mieux dire, les implémenteurs d'idées) élaboreront sur ces plateformes des développements axés sur le Web. Les opérations liées au traitement, au stockage, aux bases de données, à l'hébergement et au déploiement évolueront vers des modèles de fournitures "plugables" d'applications et de services, aussi faciles à modifier qu'une case à cocher. Ce qui compte aujourd'hui, ce sont les idées et les communautés qui naissent autour de ces nouveaux concepts. Les implémentations seront largement interchangeables, et très certainement extensibles.

Une plateforme complète fournira une infrastructure où greffer fonctionnalités et services, qui comprendront des systèmes de communication de widget à widget. Et là est la nouveauté : ces systèmes fonctionneront aussi bien pour les widgets placés sur une même page (ou sur un espace applicatif) que pour ceux localisés dans des contextes totalement différents, des dimensions spatio-temporelles différentes, ou embarqués sur des applications différentes, des dispositifs différents. Le tout étant orchestré de façon sécurisée et fiabilisée. »
Et d'ajouter, à propos des widgets :
The content will be in the form of compelling functionality mixed with compelling data and wrapped in nice looking - and yes compelling - presentation. Moreover, these widgets will be like mutable little Lego(tm) blocks. You will be able to extend them, and plug them together to create new, larger, or specialized versions and re-publish as your own. The incredibly awesome platform will enable this re-authoring, and will be seamless.

Le contenu se présentera sous forme de fonctionnalités percutantes, conjuguées à des données pertinentes, encapsulées de façon attrayante. En outre, ces widgets seront aussi modulaires que des éléments de Lego(tm) : vous pourrez les étendre et les assembler pour en créer de nouveaux, plus grands et plus spécialisés, vous les approprier et les republier. Cette forme incroyable de plateforme permettra un versionning multi-auteurs transparent.
Mais le widget est tout autant contenant que contenu, le développeur créant le contenant n'en étant pas toujours l'auteur. C'est le principe de ClearSpring, qui permet au propriétaire du contenu de contrôler la façon dont il est utilisé et monétisé, d'assurer un suivi du trafic et des usages, et à l'utilisateur de copier-coller le widget où il le veut pour en favoriser la viralité (ClearSpring widgets let the content owner control the content, how it is used, how it is monetized, and monitors the traffic and usage. Users are still free to copy & paste the widget anywhere so it spreads in a viral manner.)

La construction même des sites Web va prendre un coup de jeune avec des solutions telles que Synthasite, de l'ami Vinny Lingham (dont l'avis sur l'avenir des moteurs de recherche vaut le détour), avec des bibliothèques de widgets prêts à l'emploi. [Début]


Les modèles économiques liés aux widgets

Ce sera l'objet d'un prochain billet, il est tard (presque deux heures du matin) et j'ai sommeil. Bonne nuit, à +. [Début]

[MàJ - 31 juillet 2007. Widgets et modèles économiques, troisième partie de ce billet.]




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vendredi 27 juillet 2007

Rendez-vous avec Tariq Krim

Rendez-vous avec Tariq Krim

Modèle économique de Netvibes =
Univers + Widgets

Bien, maintenant que me voici de retour depuis 5 jours, et 9 jours après avoir rencontré Tariq Krim et Frank Mahon au Starbucks du coin (qui leur sert de quartier général alternatif), je crois avoir suffisamment digéré les différents éléments pour commettre ce billet, dont la ligne directrice (toujours la même sur Adscriptor, autant que faire se peut, mais cette fois je préfère insister) se résume en un mot : objectivité. Ça veut dire que je ne me suis pas jeté sur le clavier à peine rentré pour écrire n'importe quoi, mais que j'ai essayé d'assimiler et de déchiffrer le message du patron de Netvibes.

Genèse de cette discussion à bâtons rompus

Suite à un précédent billet, dans lequel j'estimais qu'après le départ de Pierre Chappaz, Netvibes souffrait d'un déficit de communication, j'ai suivi les discussions sur la blogosphère française, et suis resté frappé par le commentaire (n° 9) d'Emmanuel Parody, reprochant à Thierry Bézier de « n'avoir pas interrogé Tariq, Pierre, Marc ou Freddy directement ».

Des mots qui ont fait tilt, car avant d'écrire mon seul billet consacré à Netvibes jusqu'alors, mon premier réflexe avait été d'interviewer Tariq Krim, option à laquelle j'avais renoncé en ne croyant pas pouvoir le contacter personnellement. Je me suis donc entêté et j'ai fini par obtenir son courriel. Dont acte :
Bonjour Tariq,
Le but de ce message va peut-être vous surprendre, mais dans le sillage d'un billet que j'ai écrit sur la façon dont l'internaute lambda tel que moi perçoit la situation, j'aimerais vous poser quelques questions sous forme d'une interview publiable sur mon blog, avec votre accord, c'est clair.
J'imagine que vous êtes débordé, mais bon, qui tente rien n'a rien !
Merci d'avance, et bonne continuation quoi qu'il en soit.
Cordialement,
J'ai expédié ça tel quel le 6 juillet, sans trop me faire d'illusions, et quelle n'a pas été ma surprise de recevoir, le même jour, une demande de contact de Tariq Krim sur ma messagerie Skype !

C'est ainsi que nous avons eu un premier échange assez long, lui à San Francisco et moi à Rome (les merveilles d'Internet...), dans lequel il m'a dit qu'il rejetait le principe de l'interview, ayant déjà "tout dit" à Jérôme Bouteiller, mais acceptait de me parler, dès son retour en France, du "business model de Netvibes", sur lequel il me trouvait "un peu sceptique". Or vu que mon voyage à Paris était programmé du 12 au 23, je lui ai demandé si je pouvais le rencontrer, et il a accepté. Rendez-vous fut fixé le mercredi 18 dans l'après-midi. [Début]

Ma rencontre avec Tariq et Franck

D'abord, la chose qui ma frappé, c'est leur tranquillité. Elle n'était pas feinte, et j'ai vu deux personnes sereines, pas du tout stressées, qui ont répondu sans problème à mes questions. Je n'ai pas pris de notes, car j'aime bien conserver intacte l'impression que je garde des choses qui comptent dans une conversation. Les trois points que je retiens des déclarations de Tariq sont les suivants :
  1. Netvibes n'a pas encore deux ans, durant lesquels nous avons déjà bâti un succès considérable en termes de popularité et de services, qu'on nous laisse donc travailler en paix à la poursuite de nos objectifs futurs, les résultats viendront
  2. Modèle économique I : les Univers
  3. Modèle économique II : les Widgets
Vu que je partage évidemment le point 1, sur lequel je ne vois vraiment rien à redire, mon analyse va se concentrer sur les deux principaux éléments qui sont au cœur du modèle économique de Netvibes selon Tariq Krim, les Univers et les Widgets. [Début]

I. Les Univers

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas, voici les explications de Hubert Michaux :


Netvibes1
envoyé par youvox

En fait, des médias TV, des journaux, des investisseurs, des acteurs culturels, des personnalités, des sites webs, etc., payent pour créer et disposer de leur Univers Netvibes, une société classée par Time parmi les 50 meilleurs sites Web 2007, avec un effet d'attraction évident. Imaginez le potentiel d'entraînement de chanteurs tels que Beyonce, Jamiroquai ou Moby sur les jeunes... Imaginez aussi l'arrivée possible des marques et de leur puissance de feu...

Par ailleurs, avec en tête la déclaration de Tariq sur les marques blanches (En conséquence je ne partageais pas l'urgence de compromettre notre stratégie produit en offrant des services de marques blanches), je lui ai demandé si l'accès aux univers allait être étendu à tous les internautes. À quoi il a répondu que c'était effectivement prévu, le temps de trouver des modèles de contrat et de tarification ciblés et adaptés aux différentes exigences.

Pas d'échéance temporelle précise, juste un "oui" à ma question : « Est-ce que ces modèles seront prêts d'ici un an ? ». Ce qui laisse quand même le temps de voir venir... [Début]

II. Les Widgets

Nous voici à la partie la plus délicate ! Car si je crois saisir la logique des Univers, l'aspect Widgets reste pour moi beaucoup plus obscur. En effet, lorsque j'ai fait observer à Tariq qu'il faudrait au moins des millions de widgets pour rentabiliser un service comme Netvibes, il m'a répondu "non, pas des millions, mais des milliards".

J'avoue que je ne comprends pas cette réponse. Actuellement les modules développés sont au plus quelques milliers, que ce soit les widgets de Yahoo, les gadgets de Google, les API de Facebook (avec les problèmes de sécurité connexes), les extensions de Firefox et autres mashups en tous genres, par conséquent quelle est la proportion entre quelques dizaines de milliers de widgets d'un côté (l'existant, en étant large) et les milliards annoncés par Tariq pour monétiser Netvibes ? Comment interpréter cette réponse, qui me laisse songeur ? J'avoue que je n'en sais trop rien. En effet, je ne crois pas que les widgets puissent être créés autrement que par des développeurs, et que je sache, il n'y en a pas des milliards.

Ou alors cela reviendrait à dire que Netvibes prendrait des royalties à chaque affichage d'un widget (seul moyen réaliste de parvenir à des "milliards"), un peu comme feues les bannières ou les impressions au coût par mille (CPM), un retour en arrière en quelque sorte...

Il y a quelque chose qui m'échappe et, pour tout dire, j'aimerais bien qu'on m'explique ce widget marketing (via Synodiance) à la sauce Netvibes. J'ai même demandé à Franck Poisson de m'illustrer un concept qu'il doit bien connaître et maîtriser, mais il ne m'a pas répondu. Alors voilà, si quelqu'un a une réponse plausible à cette question : comment générer des milliards de widgets pour rentabiliser Netvibes ?, je suis tout ouïe.

En conclusion, merci à Tariq Krim de m'avoir rencontré, je pense avoir interprété correctement ses déclarations. Si ce n'était pas le cas, je m'en excuse, mais ce qui précède est très exactement ce que j'ai compris, ou pas...

So, now, WidgUp Netvibes !

[MàJ - 29 juillet 2007] Cette histoire des widgets m'empêchant de dormir (j'ai horreur de ne pas comprendre les choses), j'ai poursuivi mes investigations et crois tenir un début de réponse. Dans un commentaire au billet de Michael Arrington sur Facebook, qui aborde notamment le succès du modèle économique mis en place par RockYou, Rogelio Choy, Vice-Président Biz Dev de Rockyou, fait le commentaire suivant :
Simply put, we have an installed base of 23MM apps on Facebook growing at 500K new installs a day. We have a very high click-through rate on cross-promotion and can deliver between 5K-30K new installs/users per day per app promoted on our network. We’ve been selling this placement for $0.50 CPA and are already oversubscribed.

En bref, nous avons une base installée de 23 millions d'applications sur Facebook avec une croissance de 500 000 nouvelles installations par jour. Nous avons en outre un taux de clics très élevé sur les promotions croisées et pouvons servir entre 5 et 30 000 nouvelles installations/nouveaux utilisateurs par jour et par appli promue sur notre réseau. Nous vendons le CPA à 0,50 $ et sommes déjà surbookés.
Sur son blog, il parle également des widgets Facebook, en déclarant qu'une semaine après la mise en ligne des applis Horoscopes, Slideshows & X-me (le billet est du 1er juin), Rockyou comptait déjà 1,3 million d'installations (We have the top 3 fastest growing and 3 of the top 5 largest apps on Facebook's new f8 platform, with an aggregate 1.3MM embeds for Horoscopes, Slideshows and the new X-me application - just 7 days after going live.) !!!

Voici donc un bon début d'explication. Il n'y a plus qu'à décortiquer le, ou plutôt les business models derrière tout ça, pour l'instant je n'en suis pas capable. Mais je vais continuer à me renseigner, soyez-en sûrs :-) [Début]


P.S. Pour les curieux, voici en téléchargement le texte de l'interview que j'avais préparée lors de mon premier courriel à Tariq (s'il m'avait répondu par l'affirmative, je la lui aurais soumise de suite). [Début]


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jeudi 26 juillet 2007

Business.com vendu 250 millions d'euros !!!

Business.com vendu 250 millions d'euros !!!

Business is business & Business.com is money ! Vous connaissez RH Donnelley Corp. ? La société, qui possède des annuaires genre pages jaunes aux États-Unis, vient d'acheter Business.com pour 345 millions de dollars, soit environ 250 millions d'euros au change actuel.


Jusqu'à maintenant, je crois que le domaine qui s'était vendu le plus cher, sex.com, n'avait encaissé que 14 millions de dollars, une paille comparé aux deux derniers nouveaux records en date, récemment le triptyque Dictionary.com + Thesaurus.com + Reference.com acheté 100 millions $ et à présent celui-ci, ouvrant des horizons infinis pour le second marché des noms de domaines...

Il semble que pour arriver à ce prix, plusieurs acheteurs aient été mis en lice (IAC, New York Times, DJ et News Corp.) pour renchérir. La tactique a donc porté ses fruits, puisque ce domaine, acheté en 1999 à Marc Ostrovsky par Jake Winebaum et Sky Dayton, ne leur avait coûté "que" 7,5 millions $, la plus grosse somme jamais déboursée à l'époque pour un nom de domaine, ce que beaucoup avaient d'ailleurs jugé une hystérie... Mais cela n'a pas empêché la compagnie d'être l'une des plus fortes progressions des sociétés US en 2006, et aux deux compères de réaliser une plus-value de 337,5 millions $ en 8 ans (45 fois la valeur initiale, quand même), desquels il faudra quand même enlever plus de 75 millions $ de fonds globalement levés ! Ça reste quand même énoooooorme ! Surtout si l'on se rappelle que le domaine avait coûté la bagatelle de 150 000 dollars en 1997, soit une progression de ... 300 000 % en 10 ans : COLOSSAL !!!

Pour autant, Business.com n'est pas qu'un nom de domaine, mais une société profitable employant une centaine de salariés hautement qualifiés, avec un volume d'affaires supérieur à 50 millions $ prévu en 2007. Quant au site, il comptabilisait 12 millions de visiteurs uniques chaque mois mais plus du double en février 2007 selon comScore (près de 39 millions en avril !) et regroupe plus de 400 000 sociétés réparties en 26 industries et 25 000 sous-catégories (sur ce modèle), sans compter une taxonomie englobant 100 000 catégories et des millions de termes "business", et le tout alimente un moteur de recherche B2B.

Un investissement comme un autre, quoi. It makes sense, surtout pour une société dont les annuaires papiers commencent à s'essouffler avec la concurrence de l'Internet. Voire mieux qu'un autre, donc, puisque les noms de domaine sont aujourd'hui comparés à l'immobilier de l'Internet, une comparaison tout à fait justifiée, j'aurai l'occasion d'y revenir...

Voilà, c'était la brève de comptoir du jour, une autre forme de communication. :-)


P.S. Sur l'essoufflement des annuaires papiers, le WSJ rapporte cette déclaration de Bill Gates :
yellow-page usage amongst people... say, below 50, will drop to near zero over the next five years.

chez les moins de 50 ans, le taux d'utilisation des annuaires du type pages jaunes va tomber à près de 0 au cours des cinq prochaines années.
À suivre...

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Bloguer = communiquer

Bloguer = communiquer

Ce n'est pas moi qui le dis, même si je le pense tout fort (cf. Entreprises 2.0 et blogs : mythes et réalités pour une communication de rupture), mais Jonhatan Schwartz, patron de Sun, s'insurgeant contre le fait que certains s'étonnent qu'un CEO puisse aussi être blogueur, appellation qu'il réprouve :
But I'd love it if we one day eliminated the term "blogging" from the web lexicon (and that we stopped pursuing "CEO's who blog."). CEO's who have cell phones aren't "cell-phoners," those who have email accounts arent "emailers," those who give interviews on television aren't "TV'ers" - they're all leaders using technology to communicate.

Traduction libre : « J'aimerais bien qu'un jour le terme "blogging" soit radié du lexique Web (et qu'on arrête de suivre à la trace "les CEO blogueurs"). Car appelle-t-on ceux qui utilisent leur portable des CEO phoneurs, leur poste électronique des CEO courrielleurs, ou ceux qui accordent des interviews télévisées des télé-CEO ? Non, tous sont des leaders qui se servent de telle ou telle technologie pour communiquer. »
Didier Durand souligne aussi le fait que, selon Schwartz, son blog lui est plus utile que les conférences, puisqu'il « lui permet de toucher 60'000 personnes (clients) tous les jours alors qu'une conférence ne lui permet d'adresser que quelques centaines / milliers de personnes. Il préfère donc lui consacrer un maximum de temps afin de pouvoir mieux dialoguer avec ses clients via ce blog. »

Une occupation que la plupart des grands patrons français doivent juger futile, même si cela préfigure déjà les nouvelles orientations communicationnelles de ce qu'il convient d'appeler l'Entreprise 2.0... Quoi qu'il en soit, la question mérite d'être posée : « Mais que faire d'un blog en entreprise ? » Après tout, il ne serait peut-être pas inutile de rédiger un Manifeste des évidences à leur intention exclusive !

En fait, pour que le postulat bloguer = communiquer prenne tout son sens, il faut se poser 3 questions corollaires, dans l'ordre :
  1. qui communique ?
  2. qui communique quoi ?
  3. qui communique quoi à qui ?
(auxquelles on pourrait aisément ajouter une quatrième : « comment ? »)...

Contrairement à Jonhatan Schwartz, personnellement j'aime bien l'appellation de blogueur, qui évoque pour moi l'utilisation d'une nouvelle technologie, le blog (voir ici pour la petite histoire... via Éric), faisant jouer à plein les potentialités du Web : simplicité et intuitivité (c'est techniquement assez facile de publier un billet sans avoir une licence de HTML ou plus), actualisation (dynamicité des blogs vs. staticité des sites traditionnels) et hyperliens (cf. cette interview de Robert Cailliau, via Joël Ronez), autant de facteurs dont le libre accès à tous et la gratuité ont permis de populariser rapidement cette nouvelle forme de communication (en mettant de côté le « à l'écart de toute considération marchande » revendiqué par le co-créateur du World Wide Web pour l'invention de son standard - et non pas de son produit - et de ses protocoles).

Ce qui fait qu'en ce moment beaucoup s'interrogent sur la meilleure façon de tirer des revenus de leur blog (voir ici et ) ou sur l'opportunité de devenir blogueurs professionnels (un sujet auquel j'ai déjà réfléchi, notamment sur la professionnalisation du contenu au sens large).

Enfin, au cas par cas, ne reste plus qu'à répondre aux trois questions ci-dessus...


P.S. Tiens, puisque dans ce billet il est également question des entreprises 2.0, voici une carte fort intéressante. Bonne découverte :


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mercredi 11 juillet 2007

Comment écrire un billet de blog ?

Comment écrire un billet de blog ?

Vieille interrogation qui monte en puissance. Googlez l'expression, vous obtenez 2 millions de résultats ! C'est dire s'il y en a des recettes. La moindre des choses pour un cocktail. Car écrire un billet de blog est un cocktail, dont l'ingrédient essentiel n'est pas l'écriture, comme on aurait tendance à le croire, mais la lecture !

Pour écrire un (bon) billet, il faut commencer par lire. Lire partout, de tout, à tout propos. Lire poussé par une curiosité inextinguible. Sur tous ses sujets d'intérêt, c'est clair, la reproduction des gastéropodes et autres arguments connexes ne branchent pas particulièrement les internautes.

Ensuite c'est le cerveau qui travaille tout seul, par associations. Au fur et à mesure que vos neurones enregistrent des bouts d'infos ici et là, elles se chargent de les mettre en relation pour en dégager une synthèse. Ne vous reste plus qu'à réordonner le puzzle de ces bouts éparpillés pour recomposer l'info tout court, celle qui fera l'objet de votre billet.

Et si logiquement votre main est connectée à votre cerveau, alors les doigts commencent à courir sur le clavier et à enfoncer des touches. Non point au hasard, mais avec la prescience de l'écrivain (d'autres appellent ça la crampe…).

Le tout produit un texte, avec son style, son rythme propres. Bloguer, c'est comme … (remplissez les pointillés), il y en a qui font court et souvent, d'autres qui font long et plus rarement, il y a des fainéants, des négligents, des champions qui font long et souvent (ceux que j'appelle les obsédés textuels, en rapport avec la crampe…), etc. Chacun se situe où il veut.

Donc au final, voici les ingrédients du cocktail :
  • Être curieux
  • Savoir lire
  • Avoir un cerveau
Si vous possédez les trois caractéristiques ci-dessus, alors vous êtes sans aucun doute un excellent blogueur. Ne vous reste plus qu'à mixer le tout et servir frappé.


P.S. Initialement j'ai écrit ce billet pour participer au concours Blogakademy, d'abord sélectionné par Loïc Le Meur mais ensuite ni par le jury, ni par le public. Dommmage ! Pour me consoler, demain je pars en vacances. Rendez-vous fin juillet.

Ceci dit, la notion essentielle que je voulais introduire avec ce billet, au-delà du ton humoristique, était celle de "lecture". Pour bloguer, pour écrire, il faut d'abord lire. Et ça, c'est très sérieux pour un blogueur, car les billets qu'on rédige ne sont que des réactions à ce que l'on a découvert en s'informant et en furetant sur le Web.

Internet qui risque de me manquer pendant les 15 jours à venir, mais pas trop quand même ! En outre je suis heureux de venir en France avec ma femme et mon fils, lui qui est français par le sang mais ne connaît la France ni ne parle français. C'est d'ailleurs très bizarre comme sentiment, d'avoir un fils qui ne parle pas votre langue. Enfin, qui sait, peut-être bien que je trouverai un ordi branché ici ou là pour vous faire un petit coucou...

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lundi 9 juillet 2007

Intronisé blogacadémicien !

Intronisé blogacadémicien !

Curieuse aventure en vérité, que celle dans laquelle je me retrouve plongé. Curieux cocktail, devrais-je dire : un tiers de hasard, un tiers de jeu, un tiers de curiosité, plus un zeste de vanité :-)

Il y a quelques jours est apparu sur le premier blog de France et de Navarre un billet intitulé Blogakademy, où Loïc cherche des candidats et candidates pour publier collectivement sur son blog. Forme initiale de présentation des candidatures : le podcast. Un mode d'expression qui m'intéresse particulièrement mais que je n'ai pas encore testé, il me reste juste à trouver mon meilleur profil, le bon angle de vue, le technicien pour les réglages son et lumière, etc., un vrai désastre... :-)

Et puis hier voilà-t-y pas que je lis sur son billet qu'en dernière minute il a décidé d'élargir les candidatures aux non-podcasteurs, en expliquant grosso modo que de toute façon, pour lire un billet de blog, pas trop besoin de voir la tronche de l'auteur. Un avis que je partage entièrement. Alors j'ai décidé de me lancer, voici le billet que je lui ai envoyé ; ça s'intitule (sobrement :-) :

Comment écrire un billet de blog ?
Je me présente : Jean-Marie Le Ray, 50 ans, blogueur. Français émigré (ou immigré, c'est selon). Accessoirement traducteur-interprète et poète.

Qu'est-ce qu'un blogueur ? C'est quelqu'un qui publie un blog. Ou encore quelqu'un qui publie sur un blog qui n'est pas le sien. Sur celui de M. Loïc Le Meur, par exemple, pourquoi pas ! Et que publier sur un blog, sinon des billets ? Ça peut sembler une lapalissade, mais pas tant que ça. Le blog incriminé regorge d'infos qui ne sont pas des billets : pubs, podcasts, photos mobloguées, twits twits, etc.

Donc pour l'instant je me contenterai des billets. En vous proposant une de mes recettes sur « comment écrire un billet de blog ».
Et dans la foulée, j'ai servi le cocktail à Loïc. Or ce matin je reçois une réponse très sympa de sa part, me disant qu'il me rajoute à la liste, même en craignant « que le texte ne soit pas suffisant ».

Perso, je n'en suis pas si sûr, car qu'ils soient dits ou écrits, les mots employés sont les mêmes pour tous, tout est dans le ton et dans le choix, c'est d'ailleurs intéressant de voir que je suis apparemment le seul candidat retenu qui n'ait pas présenté de vidéo. Ah ! le pouvoir des mots, une vieille histoire...

La seule difficulté que je vois ça va être de poster quotidiennement, vu que jeudi je pars ... à Paris pour une dizaine de jours et que l'ordi reste à la maison. Ouf ! Et je n'ai pas d'iPhone, pas plus que de Blackberry ou autre. Juste un vieux portable tout pourri, il a quand même résisté la semaine dernière à plusieurs voitures qui lui sont passées dessus (Messieurs les sponsors du concours, si vous êtes à l'écoute...). Comme quoi, Motorola, c'est du solide.

Enfin, pour conclure, blogacadémicien, j'aime bien, ça manquait à mon CV ! Que les meilleurs gagnent. :-)


P.S. J'ai choisi d'écrire "blogacadémicien" sans respecter le titre original de Loïc, suggéré par Ouriel, uniquement parce que le AKA me fait trop penser au sigle anglais A.K.A. (also known as, également connu sous le nom de...). Or j'allais quand même pas choisir un pseudo (genre Blog'Ac...), le but étant justement d'accroître ma visibilité :-)

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vendredi 6 juillet 2007

Netvibes en manque de communication (de crise)

Netvibes en manque de communication (de crise)

Suite...

Netvibes est en crise, c'est clair, Tariq le visionnaire est peut-être trop en avance sur son temps et Pierre le gestionnaire peut-être trop en retard sur son programme. Je dis peut-être car je n'en sais absolument rien. Mais comme les personnes qui savent se taisent, à l'image d'Emmanuel (qui se contente de pointer vers ce billet tout en soulignant que l'analyse est imprécise...) ou d'Ouriel (qui pour l'instant ne souffle mot de la chose), dur dur dans ces conditions de se faire une opinion sensée. Et même si l'info a été signalée par Loïc Le Meur, membre du directoire de Netvibes, si je ne m'abuse, ce n'est pas pour autant qu'il nous a proposé un semblant de début d'analyse.

La tentative de Thierry Bézier de nous présenter la fin du monde Netvibes a le mérite de fixer les choses et d'expliquer qu'indépendamment des motifs, ça tombe vraiment à un mauvais moment avec l'arrivée de Bubbletop et la percée de Frank Poisson, qui ne dit rien non plus mais « s'empare doucement de l'agrégation RSS sur mobile avec les Widget Mobile Webwag », selon AccessOWeb qui en rajoute une couche dans l'univers Netvibes part en morceaux. Et ce n'est pas Marc Thouvenin qui dira le contraire...

Donc en essayant de mettre de l'ordre dans mes idées pour tenter de dégager au moins une perspective, j'ai dû rapidement revenir en arrière pour voir la chronologie de l'affaire.

Développé par Florent Frémont, lancé mi-septembre 2005, Netvibes aurait commencé sa courbe de croissance exponentielle avec 15 000 adhésions le jour même de son lancement, 600 000 utilisateurs fin 2005, avant de passer à 4 millions en mai 2006, à 5 millions en août, en doublant à 10 millions en mai 2007, probablement près de 12 millions aujourd'hui, ... mais en recul de moitié sur les 20 millions d'utilisateurs prévus pour fin 2006 par Pierre Chappaz lorsqu'il a rejoint la société.

Donc voilà peut-être une première réponse au désenchantement. Malgré les incontestables succès de Netvibes, une croissance moins soutenue que prévu, qui s'ajoute sûrement aux divergences cruciales signalées par Pierre dans son annonce, portant sur :
  1. la stratégie de distribution et de monétisation
  2. les Univers (quelques jours après la la fête pour l'annonce du 500ème...)
  3. le modèle d'affaires
Autant dire sur tout ce qui compte ! Et de plus, il s'agit de désaccords anciens.

Or il me semble que j'ai trouvé un indice de ces désaccords dans le bout d'interview de Tariq que Thierry nous repropose :


Nous sommes face à une réinvention profonde de l'Internet, ..., la page Web a atteint ses limites, ..., ça remet en cause toute l'économie du Web, toutes les relations, ..., puisque aujourd'hui une grande partie de l'économie est basée sur le fait que ce sont les éditeurs qui contrôlent ce que tu vois, ...
En fait, sa vision consiste à dire qu'avec l'appropriation de son espace virtuel par l'internaute via sa page personnalisable, c'est désormais lui qui va contrôler l'info dont il veut disposer "chez lui", et non plus les éditeurs des sites qui pourront lui imposer leur contenu.

Une vision qui peut probablement expliquer pourquoi Tariq ne croit pas aux formes de monétisation actuelles, si j'interprète correctement la situation bien que je n'aie aucun autre élément à disposition que ce que l'on peut trouver çà et là sur le Web.

Déjà, en janvier dernier, Franck Perrier s'interrogeait sur « où sont les revenus ? » et il est clair qu'avec plus de 12 millions de fonds levés dans cette histoire, les investisseurs risquent vite de s'impatienter vu la tournure que prennent les événements. Et Tubbydev de se poser la question à 12 millions d'euros : « À qui les investisseurs de Netvibes vont-ils réussir à refiler la patate chaude ? » AccessOWeb avance une réponse...

Certes, cette affaire du business model est au cœur de tout projet solide et, de gré ou de force, Tariq va devoir préciser sa pensée non seulement aux yeux des investisseurs, mais également devant le Web mondial et devant les utilisateurs de Netvibes en premier. Il va surtout devoir s'inventer un avenir, sous peine de devenir du passé. Un peu comme Technorati, toutes proportions gardées.

C'est ça aussi le Web, tout va tellement vite que ce qui était hier un succès planétaire peut fort bien ne plus rien valoir demain (demandez à Murdoch ce qu'il pense aujourd'hui de Myspace...), même si personnellement je trouverais dommage qu'une success story telle que Netvibes finisse en eau de boudin.

Et je précise que je ne suis pas utilisateur de Netvibes. Pour conclure, si j'avais un conseil à donner à Tariq Krim, ce serait de rapidement mettre en place une communication de crise, car tout le monde veut savoir ce qui se passe, et vite. Ce qui est tout à fait naturel et légitime pour un service aussi populaire.

Donc Tariq, si tu ne veux pas perdre la main et laisser le champ libre aux rumeurs les plus insensées, explique-nous sans tarder ce qui se passe et ce à quoi nous devons nous attendre dans les jours et les semaines qui vont venir...

Ce serait aussi un bon moyen de fidéliser encore davantage des utilisateurs qui ne demandent que ça !

[MàJ - 17h45'] Tariq vient de s'exprimer sur NetEco mais je reste un peu sur ma faim. Ça me rappelle un "vieux" commentaire... On n'est pas loin de la langue de bois, tendance discours politique qui prétend rassurer sans rien dire, sauf insister sur la notion d'équipe comme pour mieux la reserrer autour de soi. Est-ce que ça suffira à mobiliser tout le monde ?

En outre, si vous souhaitez approfondir, je vous conseille de voir absolument cette vidéo sur le site de Rodrigo Sepulveda, je suis bluffé par la différence entre l'impression positive qui s'en dégage et le sentiment plutôt négatif qu'on a aujourd'hui, alors que quelques jours seulement séparent ces événements...


P.S. Et si vous voulez suivre l'actu sur Netvibes, rien de tel que de vous abonner aux flux de ... Wikio  :-)

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mardi 3 juillet 2007

Welcome in the World Century

[MàJ - 4 avril 2016] Le palimptexte terminologique

Réflexion quasi-philosophique poétique sur la terminologie et son évolution souhaitable : d’une terminologie normalisatrice, conceptuelle et prescriptive, vers une terminologie d’usage, lexicale et descriptive

I. Utopie ou réalité terminologique ?

II. La terminologie, ou la quadrature du triangle sémantique : pour la création d’une fiche terminologique « Web 2.0 »

Note de lecture : voilà près d'un mois et demi que j'étais sans connexion Internet à cause de "mon" opérateur téléphonique. Aujourd'hui le problème semble réglé, même si je n'en suis pas encore sûr à 100%. Cela explique pourquoi je n'ai pas écrit autant de billets que je l'aurais souhaité durant cette période, et pourquoi ces longs billets, celui-ci en particulier. La terminologie faisant partie depuis des lustres de ma vie quotidienne, tant personnelle que professionnelle, il y a longtemps que je voulais mener une réflexion approfondie sur le sujet, à la fois théorique (cette première partie) et pratique (seconde partie à venir). Ce que j'avais déjà fait pour la traduction professionnelle. Le texte pourra parfois vous paraître ardu, pourtant je me suis constamment efforcé de faire le plus simple possible. Bonne lecture à celles et ceux qui s'armeront d'une bonne dose de patience. Lorsque j'aurai terminé le deuxième chapitre je réunirai l'ensemble du document dans un PDF pour une lecture hors ligne plus confortable...

* * *

I. Utopie ou réalité terminologique ?

“The coming century will not be the American Century, it will be the World Century.”
Michael Eisner, CEO, The Disney Company, 1998

Les temps changent ! Et avec eux, tout change. Y compris notre perception du monde (la façon dont nous nous représentons le monde) et notre perception au monde (la façon dont nous nous représentons face au monde et à nos semblables).

Depuis Adam et Ève (Genèse 2, 19-23), l’homme nomme le monde et les êtres, et avant même l’instauration d’une interaction ou d’un dialogue, cette « nomination du monde » est le premier acte fondamental de la communication. Un acte qui s’inscrit dans l’espace, l’espace physique, originel, de l’homme.

Or depuis ce big bang, cette nomination du monde s’étire non plus seulement dans l’espace mais dans le temps de l’homme, dans sa durée de vie, à la fois individuelle et collective. De plus cette infinie ductilité s’accélère follement et passe d’une ancestrale lenteur de l’histoire humaine, habituée hier encore à compter en millions d’années, à la célérité de la lumière qui distingue aujourd’hui et caractérisera toujours plus demain l’Ère Internet, cyber-galaxie tridimensionnelle ayant l’espace pour largeur, le temps pour longueur et l’information pour hauteur (sans aller jusqu’à parler de profondeur…).

« Welcome in the World Century », « Bienvenue dans le siècle-monde », où le temps et l’espace finissent par se rejoindre à la surface de l’écran, l’interface, donnés « à voir dans l’immédiateté d’une transmission instantanée », dans « cet emplacement sans emplacement » où « l’épuisement du relief naturel et des distances de temps télescope toute localisation, toute position », où « Comme les événements retransmis en direct, les lieux deviennent interchangeables à volonté » 1, où « L’INFORMATION est le seul ‘relief’ de la réalité, son unique ‘volume’. (…) Désormais, tout arrive sans qu’il soit nécessaire de partir, mais ce qui ‘arrive’, ce n’est déjà plus l’étape ou le but du voyage, mais seulement l’information, l’information-monde, que dis-je, l’information-univers ! » 2

Un ‘voyage’ sans trajet ni départ où le prétendu dépassement des limites physiques et spatio-temporelles n’efface pourtant pas l’ultime frontière, celle du dispersement linguistico-culturel imposé depuis Babel (Genèse 11, 6-9), rendant illusoire tout retour à une époque immémoriale où « tout le monde se servait d’une même langue et des mêmes mots » (Genèse 11, 1) et dressant désormais presque autant de barrières qu’il y a … d’hommes et de femmes.

Égarés, confondus entre, d’une part, notre rythme physiologique naturel et ses contingences irréductibles, et, de l’autre, la vitesse et les accélérations phénoménales auxquelles nous sommes constamment soumis, sur tous les fronts, plutôt de force que de gré, dans une simultanéité exigeant de nous que nous pensions, agissions, réagissions, communiquions, décidions … dans un espace-temps instantané, alors même que nos faits et gestes et, surtout, nos mots, peuvent nous engager par les traces qu’ils vont immanquablement laisser, destinées à durer, parfois toute notre vie, voire à nous survivre, memoria verborum.

D’où la nécessité absolue, vitale, de nous entendre sur le sens des mots que nous utilisons, ou pour le moins tenter, afin de limiter au maximum les risques d’incompréhensions, de mauvaises interprétations, toujours aux aguets et nuisibles à toute bonne communication. Mais rien n’est plus difficile ! Y compris (surtout) pour les « experts ». Nous le verrons en analysant une nouvelle quadrature du triangle (), à savoir les
troisquatre mots clés qui sont au cœur de la science terminologique : concept / notion, objet, terme.

Une entente nécessaire qu’aurait voulu porter à son paroxysme la terminologie, dont le « père » unanimement reconnu, Eugen Wüster, fonda ses travaux sur ceux du Cercle de Vienne, qui préconisait notamment « la recherche d’un système formulaire neutre, d’un symbolisme purifié des scories des langues historiques » 3. Ainsi, dans ce « système sémiotique optimal entièrement fondé sur la logique, (l)’unité minimale est le terme, ‘pur’ de toute connotation, univoque, monoréférentiel et précis » 4.

Or croire qu’il suffirait d’affubler le « mot » de l’appellation « terme » pour justifier la nécessité d’une soi-disant monosémie contredite dans les faits n’est que vue de l’esprit, une convention arbitraire artificiellement – et longtemps – entretenue qui n’est plus d’actualité. L’univocité des mots (rectius : des termes) ou l’unilinguisme auraient-ils encore cours dans le village global ?

Non ! Il en va des mots (des termes) comme des langues. Ils ne sont pas univoques : « un langage univoque (ou plus précisément bi-univoque) est un langage dans lequel chaque mot ou expression a un seul sens, une seule interprétation possible et il n’existe qu’une seule manière d’exprimer un concept donné » 5. Chimère ! Une « bi-univocité parfaite entre les notions et leur désignations (…) est contraire à l’expérience des textes scientifiques et techniques, au sein d’une même langue et à plus forte raison d’une langue à l’autre, de culture à culture, de terroir à terroir, de milieu professionnel à milieu professionnel. » 6 Yves Gambier va plus loin :
« Le postulat de biunivocité est intenable, sauf peut-être pour certains secteurs des sciences dites exactes (mathématiques, chimie…). Il stabilise, selon une obsession fétichiste, les rapports signifié-signifiant de chaque signe : il fige les rapports entre les notions (négation même du mouvement des connaissances). Ce formalisme a des allures de fascisme linguistique ; le contrôle des sens et des dénominations élague toute tension sur le marché des sens, des langues… » 7
Résolument, pas de sens gravé dans la pierre ad eternam, un mot vieillit, rajeunit, change, bouge, se métamorphose, etc., au gré de son « contexte » : qui le prononce, quand (temps), (espace), comment (dans quel contexte, quelle situation), pourquoi (quelles finalités ? propagande, démagogie…), en fonction de quel interlocuteur, de quel public cible, et ainsi de suite. Surtout, le dynamisme et la polyvalence des langues, et donc des mots, n’obéissent à aucune imposition de type top-down, mais subissent plutôt une croissance bottom-up, une poussée du bas vers le haut qui est d’ailleurs dans la nature des choses.

« Le langage naturel est équivoque : il y a plusieurs façons d’exprimer la même idée (la redondance), ce qui est exprimé possède souvent plusieurs interprétations (l’ambiguïté) et tout n’est pas exprimé dans le discours (l’implicite). » 8

Un état et une polysémie auxquels les langues de spécialité échappent de moins en moins…

Puisqu’il ne suffit plus de circonscrire à dessein le champ terminologique en le découpant en domaines, sous-domaines, domaines adjacents, domaines nécessaires à sa constitution, secteurs, sous-secteurs, thésaurus, nomenclatures, ontologies, etc., dans une tentative de classification du monde et de l’univers conçus et perçus dont la texture n’est pas sans évoquer la toile de Pénélope, cela n’ayant plus grand sens sur Internet au fil des mots !

Pourquoi ? Parce qu’Internet est – devient chaque jour davantage – un incommensurable corpus, plurilingue et pluriculturel, qui rassemble peu ou prou l’ensemble de la connaissance humaine en un même « lieu » spatiotemporel, chaotique, innommable et innombrable, que nous pourrions définir en outre « hyperlinguistique » grâce à la variété et, dirais-je, l’inépuisabilité de ses manifestations formelles et des connexions possibles. Une hétérogénéité compensée en quelque sorte par l’ « unité de lieu », qui rend soudainement et potentiellement accessible, traitable, disponible, etc., cette « masse planétaire » de matière à quiconque.

Où voulez-vous encore trouver la monosémie là-dedans ? Wüster lui-même « n’a jamais présenté la monosémie d’un signe comme un dogme − mais tout au plus comme un fait idéal dans l’objectif de faciliter la communication dans des domaines techniques − ni nié la variabilité des significations d’un même signe », discutant du « rôle de la langue en tant que création et créatrice (Schöpfer und Geschöpf) d’une communauté » 9 dans son fameux Exposé illustré et terminologique de la nomination du monde. 10

Enfin, de plus en plus, s’il y a monosémie, elle ne peut être que dans le « hic et nunc » du discours, donc éphémère, voire individuelle : le sens n’est plus dans tel ou tel terme, mais dans la situation, dans l’instant de l’ « interlogue ». Y compris lorsqu’un seul et unique mot, signe, symbole, revêt un sens différent pour chacun des interlocuteurs, auquel cas c’est la divergence même d’intention et d’interprétation qui fait sens…

Attention ! Loin de moi la volonté de nier les formidables apports de la terminologie en tant que science 11, mais à ma connaissance (je ne demande qu’à être réfuté), les travaux et réflexions terminologiques qui se succèdent au fil des ans ne rendent pas suffisamment compte du ferment qui accompagne l’émergence du Web 2.0, puisqu’ils ne mentionnent jamais (?!) ce que j’appellerais la variable « sagesse des foules », c’est-à-dire l’intelligence collective à l’œuvre sur Internet : une culture ou « une approche de la société qui considère les groupes humains (une entreprise, une ville ou l’humanité elle-même) comme des systèmes cognitifs qui créent, innovent et inventent » 12.

Dans près de 4 000 pages de textes consultés sur l’argument et les questions connexes, je n’ai trouvé qu’une seule référence faite à Wikipédia sous l’angle de la connaissance encyclopédique et d’un contenu terminologique « riche en connaissance(s) » (knowledge-rich terminology) (orientation inéluctable de la terminologie, tel que je vois les choses...), même s’il est vrai que c’est une « référence de poids » !

Proposée par M. Christian Galinski, actuel Secrétaire du … Comité 37 de l’ISO, lors d’une présentation faite en mai 2005 à Bamako 13, intitulée :

Terminology standards – enhancing language
ISO/TC 37 – Semantic Interoperability

(Des normes terminologiques, pour enrichir la langue – Interopérabilité sémantique)

Alors, une terminologie à deux vitesses ?

De même que Wikipédia représente une ligne de démarcation dans l’encyclopédisme, les initiatives comme les glossaires ouverts KudoZ (© KOG by ProZ.com) ou les listes de discussion dédiées sont destinées à impacter en profondeur la terminologie du 21e siècle, bien qu’à ce jour elles ne soient (encore) ni reconnues ni recensées par les hautes instances qui président aux destinées terminologiques.

Lesquelles évoluent, certes, pour tenter de s’adapter, mais malheureusement tout cela reste basé sur des impératifs économiques et politiques qui perdent de vue les nécessités … des foules ! Sans parler des « heurs et malheurs de nombreuses normes que la sagesse des peuples a sauvées du ridicule en récusant le diktat du normalisateur mal avisé. » 14

* * *

Et bien parlons-en du normalisateur ! Ou plutôt, dans le cadre de cette réflexion, de son ancestral parangon, le Comité technique 37 de l’Organisation internationale de normalisation (ISO TC/37), chargé d’élaborer des normes terminologiques internationales et dont l’emprise va grandissante.

Principale instance “horizontale” de l’ISO, au sens où la terminologie (comme la traduction) est transversale à toutes les disciplines, on constate depuis 2001 un réaménagement en largeur et en profondeur du champ d’intervention de ce Comité, pour élargir ses horizons (expanding ISO’s horizons), asseoir et étendre son influence (extending ISO’s influence), et mettre en œuvre une stratégie adaptée aux temps modernes en vue de relever les défis linguistiques et culturels qu’annonce l’avènement d’Internet. Certes, ces défis ne sont pas nouveaux, mais le Web leur donne une ampleur inconnue jusqu’à nos jours.

Car s’il est vrai que les évolutions de l’usage et du sens des mots témoignent de celles de nos sociétés, l’observation et l’analyse des changements à l’œuvre autour du titre et des domaines d’activités du CT 37 – jusqu’en 2001 en charge de la Terminologie : principes et coordination (Terminology, principles and coordination) – et de ses sous-comités (3 initialement, 4 à partir de 2002) sont riches d’enseignements…

Il est d’ailleurs remarquable que l’appellation Terminologie : principes et coordination, restée figée pendant plus d’un demi-siècle, ait déjà subi deux changements au cours des 5 dernières années, ce qui est un fort indice de dépoussiérage, convenons-en…


Tant au niveau de son intitulé que de sa traduction. Mais procédons par ordre.

C’est d’abord la notion de « other language resources » qui fut introduite au côté de la terminologie, pour indiquer clairement que le Comité technique 37 allait désormais s’occuper des « autres ressources linguistiques » au sens large, non plus seulement terminologiques, mais aussi lexicographiques, terminographiques, etc.

Puis trois ans plus tard, apparition de la notion de « contenu » et des ressources associées, vaste domaine lorsqu’il s’applique à l’Internet…

Au niveau de la traduction française, l’expression « language resources », auparavant presque toujours rendue par « ressources linguistiques », est à présent francisée en « ressources langagières », probablement dans une tentative un peu puérile de vouloir se détacher à tout prix de la linguistique, ce terme étant porteur d’une multitude de significations pas toujours en accord avec la terminologie, loin s’en faut, un problème plus intimement ressenti par les francophones…

Mais c’est surtout au niveau du domaine d’activités du CT 37 qu’on enregistre l’évolution la plus significative, puisque la « Normalisation des principes, méthodes et applications relatives à la terminologie et aux autres ressources langagières et ressources de contenu » s’inscrit maintenant « dans les contextes de la communication multilingue et de la diversité culturelle », un changement remarquable, voire révolutionnaire !

Non plus dans un contexte singulier mais pluriel, à la fois linguistique (communication multilingue) et extralinguistique (diversité culturelle).

Or si les normes ISO posent depuis toujours comme une évidence l’essentialité du second (Les notions ne sont pas liées aux langues individuelles. Elles sont cependant influencées par le contexte socioculturel.) (ISO 1087 1990 : 1), elles ignoraient intentionnellement la portée du premier, dans le sillage de Wüster, en basant toute leur approche conceptuelle sur l’idée d’un « terme » isolé de son contexte linguistique, « ‘pur’ de toute connotation, univoque, monoréférentiel et précis », comme déjà cité plus haut. « En fait, cette conception du terme, détachée du système linguistique, a une genèse commerciale. » remarque justement Renata Stela Valente 15, ce qui peut expliquer bien des choses…

« Les termes dans ce cadre ne sont pas considérés selon leur contexte de phrase et encore moins selon le contexte de production ; ils sont réduits à des noms-étiquettes. », et leur fonctionnement « généralement analysé comme indépendant des locuteurs, des discours et des conditions de production. » 16

Ce qui est déjà incompréhensible si l’on envisage les langues de spécialité comme des sous-langues, et plus encore si la réalité est autre : « Il n’existe pas une langue générale et une langue de spécialité divisée en domaines, mais le terme est un signe dont le fonctionnement est spécialisé par le contexte de référence. » 17

Donc en introduisant ENFIN la dimension linguistique sous les atours de la « communication multilingue », l’ISO rompt définitivement avec une tradition qui dure depuis près de 70 ans, ce qui n’est pas rien. Surtout lorsque l’on sait combien de critiques, parfois féroces, lui a valu l’intransigeance de cette position de principe. (Cf. pour information, Humbley)

Et puisque vraisemblablement l’influence de l’Organisation internationale de normalisation est destinée à s’étendre, à l’instar des autres mouvements globaux de normalisation/contrôle (normes IFRS pour la comptabilité, référentiel Bâle II pour les banques et les assurances, l’ICANN pour l’Internet, etc.), vu les enjeux économico-politiques gigantesques qu’il y a derrière, tout à fait dans le droit fil de la « genèse commerciale » à peine évoquée (nous allons d'ailleurs bientôt fêter la 10e journée mondiale de la normalisation : « des normes pour les citoyens : une contribution à la société »...), c’est aussi un moyen de retirer des arguments de poids aux opposants à la « doctrine terminologique » 18, à la « terminologie dominante » 19, etc.

Une distinction subtile, stratégique, qui ne remet malheureusement pas en cause la « dictature du terme », davantage considéré comme une abstraction pour mieux le « normaliser de force » en le forgeant dans un arbitraire monosémique idéalisé : 1 terme = 1 sens. Or essayez de quantifier le nombre de sens possibles dans l’univers et d’attribuer un seul et unique terme à chacun d’eux, vous verrez vite les limites de l’exercice. Les plus grands néologues de l’humanité réunis, de Rabelais à Frédéric Dard pour rester chez nous, ne suffiraient à la tâche.

Ce qu’exprime Daniel Gouadec avec la clarté d’exposition qui le caractérise : « Si l’utopie terminologique appelle la monosémie, la réalité ne cesse d’aller dans le sens de l’ambiguïté et de la polysémie que la nécessité d’économiser les désignations (termes et mots) rend inévitables : un langage strictement référentiel comporterait autant de mots ou termes qu’il existe d’éléments désignables dans l’univers perçu ou conçu. » 20

Je conclus de tout ce qui précède que les terminologies sont autant de langages imparfaits voués à l’échec, théorique sinon pratique, que nul formalisme ne saura – ni ne pourra – jamais rendre parfaits, ce qui ne serait ni souhaitable ni concevable. Réfléchissons juste au constat que dresse François Rastier de cette tendance à la perfection :

« Perfectionner la langue, c’est par ces voies diverses la soustraire à l’interprétation, soumise à des variations individuelles et historiques, et ainsi lui permettre de refléter sereinement la vérité dans sa permanence.

En somme, une langue parfaite se caractérise de cinq manières concordantes :

(i) Elle est internationale, pour des raisons tant mythiques (rédimer Babel) que pratiques (assurer une communication facile au sein de l’humanité).
(ii) Elle est véridique, car elle dénote exactement ses objets.
(iii) Elle reflète correctement la pensée, ce qui permet de la dire auxiliaire (par son rôle idéographique).
(iv) Elle est inaltérable dans le temps et invariable dans l’espace, en ceci qu’elle n’est pas soumise aux variations dialectales (que craignait tant Tracy) ; et cette uniformité est redoublée par le fait qu’elle ne connaît de variations diachroniques (ou du moins, elle est considérée en diachronie).
(v) Elle est artificielle, car seule une volonté normative peut assurer qu’elle reste inaltérable et invariable -- cette permanence assurant qu’elle reflète correctement l’Être dans sa pérennité.

Tous ces traits caractéristiques sont reformulés par Wüster et ses successeurs pour ce qui concerne la terminologie. »
21

Le seul point qui « fait sens » et emporte mon adhésion est le premier (Eugen Wüster était d’ailleurs un espérantiste pratiquant). Au conditionnel, toutefois. Mais j’aime assez l’idée d’une communication « transnationale » capable de franchir les frontières.

Pour les autres, aujourd’hui, hier et demain :

1. Aucune langue ne peut être soustraite à l’interprétation
2. Aucune langue n’est véridique ni ne reflète correctement la pensée plus qu’une autre
3. Aucune langue n’est inaltérable dans le temps ou invariable dans l’espace, ni artificielle ou permanente à « volonté »

Aucune langue ni, a fortiori, aucune sous-langue. De plus, si une telle langue existait, on peut affirmer qu’elle irait contre nature et n’aurait aucun sens ! Ce qui serait vraiment le comble !

Car la langue n’a de sens que par et pour l’homme. Dans ses variations individuelles, et historiques (relisez un texte en françois du Moyen-âge, pour voir…). La langue articulée, au propre et au figuré, n’est-elle pas l’un des traits essentiels qui distingue l’homme de l’animal ?

Par et pour les machines aussi ? Qui a dit ça ? Tim Berners-Lee en parlant du Web sémantique, peut-être ? C’est faux. Dans l’absolu. Que la machine soit lisante, écrivante, traduisante, indexante ou selon vos goûts, soit. Que Big Blue humilie aux échecs le champion des champions du monde, soit également. Que les machines fonctionnent en réseaux et communiquent entre elles, soit encore. Mais pourquoi les machines liraient-elles, écriraient-elles, traduiraient-elles, indexeraient-elles, creuseraient-elles, construiraient-elles, voire détruiraient-elles ou autre, sinon en vue d’une interaction, in fine, avec l’homme ? Par et pour l’homme ? Serait-ce un hasard si toute cette belle mécanique se prolonge et termine toujours par une interface qui se confond généralement avec la surface de l’écran où elle affleure ? Tantôt projection, tantôt protection, tantôt tactile, tantôt rétractile, etc.

La langue est matière et les machines des outils dont se sert l’homme, à cette différence près que celles-ci se laissent volontiers découper (et d’ailleurs comment pourraient-elles protester ?), décomposer et recomposer dans un re-engineering continu, tandis que celle-là ne se laisse enfermer dans aucun moule, réfractaire à toute formalisation, modélisation, catégorisation, classification, explication et ainsi de suite. Et si de temps en temps elle donne l’illusion à tel ou tel de faire une découverte fondamentale ou d’y comprendre quelque chose, ce n’est que pour mieux s’échapper, plus vite et plus loin, en faisant naître mille nouvelles interrogations, dont les couches se superposent aux anciennes sans même leur donner le temps de sédimenter. « C’est un fait bien connu que le lexique se constitue par le dépôt naturel de tout l’extra linguistique ; il s’articule sur la réalité sociale et sur son développement historique. » 22

Ainsi, l’humus des langues est fait de mots qui puisent leur sens originel ailleurs que dans la langue : dans la société, dans la culture, dans la tradition, dans le métier, dans l’innovation, etc. « Le groupe de faits linguistiques où l’action des causes sociales est dès maintenant reconnue et le plus exactement déterminée est celui des innovations apportées aux sens des mots. » 23 Dans une relation dynamique entre l’essence des êtres et des choses et les sens des mots, aussi mouvants que les sables, où « saisir » le sens suppose des capacités d’analyse ET d’intuition, ce que n’auront jamais les machines, une opération n’ayant rien à voir avec un processus statique. Figer le sens, c’est tuer le sens.

Au contraire, saisir le sens, en « prendre possession » selon l’étymologie du verbe, c’est l’intercepter en un temps et un lieu donnés, une appropriation rarement définitive : le sens est vivant, perpétuellement en mouvement, auto-cicatrisant, régénérateur, « created fully in no particular form » 24, créé pleinement sans aucune forme particulière, indépendamment du fait que la langue qui le véhicule est alphabétique, idéogrammatique, agglutinante, tonale, etc., ou de ce que l’agent linguistique qui tente de l’encapsuler est un mot, un terme, un discours, un symbole, un chant, un cri ou un… silence ! Reçu et donné dans l’instant partagé du dialogue, parfois soumis aux « grammaires de la création » si finement analysées par George Steiner ou aux « correspondances » chères aux poètes, Baudelaire in primis, mais certainement peu appréhendable et interprétable de façon exhaustive par la machine. Sans parler des domaines de l’implicite, l’ineffable, l’informulable…

Je n’en donnerai qu’un exemple pour preuve. En raisonnant par l’absurde : imaginez un instant que l’on dispose de l’Ontologie et de la Langue parfaites, entièrement orchestrées en automatique par une intelligence artificielle dont les performances de calcul et de raisonnement auraient dépassé celles du cerveau humain, voire de l’humanité… Ajoutez-y une traduction automatique digne des plus grands polyglottes devant l’Éternel, stockant dans sa mémoire les terminologies multilingues normalisées du monde entier, juste pour faire bonne mesure.

Vous y êtes ? OK. Alors voici ma question, en n’importe quelle langue : « Pensez-vous qu’une telle machine aurait un jour la capacité de … CROIRE ? »

Et puisque je mentionne Big Blue, cela me rappelle un « vieux » poème, écrit il y a une vingtaine d’années :

Il était une fois
un joueur d’échecs
si fort
qu’il voulut
se mesurer
à Dieu

sur l’échiquier
ne resta qu’
un fou

* * *


À venir : II. La terminologie, ou la quadrature du triangle sémantique : pour la création d’une fiche terminologique « Web 2.0 »


Notes bibliographiques :
  1. VIRILIO P. (1984), L’espace critique, Christian Bourgois Éditeur, p. 19
  2. VIRILIO P. (1993), L’art du moteur, Éditions Galilée, p. 167
  3. SOULEZ A. (1985), Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits. PUF, Paris, cité in Terminologie et Intelligence Artificielle, par François Rousselot et Pierre Frath
  4. SLODZIAN M. (1994-1995), « La doctrine terminologique, nouvelle théorie du signe au carrefour de l’universalisme et du logicisme » in Actes de Langues française et de linguistique (ALFA), Vol 7/8.
  5. LEFÈVRE P. (2000), La recherche d’information - du texte intégral au thésaurus. Hermès Science, Paris, p. 21
  6. LERAT P. (1995), Les langues spécialisées, Paris, PUF (Linguistique nouvelle), p.15/16
  7. GAMBIER Yves (1991), « Présupposés de la terminologie  : vers une remise en cause », in Cahiers de linguistique sociale, 18, p. 42
  8. JALAM R. (2003), Apprentissage automatique et catégorisation de textes multilingues, Thèse soutenue à l’Université Lumière Lyon2, p. 14
  9. ALT Susanne, KRAMER Isabelle, ROMARY Laurent, ROUMIER Joseph (2006), « Gestion de données terminologiques : principes, modèles, méthodes », Hermès (Éd.)
  10. WÜSTER Eugen (1959/60), Das Worten der Welt, schaubildlich und terminologisch dargestellt, Sprachforum, 3-4, p. 183-204
  11. Science de la terminologie : Étude scientifique des notions et des termes en usage dans les langues de spécialité. (ISO 1087 : 1990)
  12. LÉVY Pierre, À la recherche de l’intelligence collective issue d’Internet, interview parue dans Le Monde interactif, octobre 2002
  13. Fichier PPT
  14. GOUADEC D. (1990), Terminologie - Constitution des données, AFNOR (collection AFNOR GESTION), p. 206
  15. La « Lexicologie explicative et combinatoire » dans le traitement des unités lexicales spécialisées, thèse soutenue à l’Université de Montréal en juillet 2002, Doctorat de linguistique, option traduction
  16. BOUVERET Myriam (1998), Approche de la dénomination en langue spécialisée, in Meta, XLIII, 3, 1998
  17. Ibidem.
  18. RASTIER François (1995), « Le terme : entre ontologie et linguistique », in La banque des mots, n°7, pp. 35-65
  19. GAMBIER Yves, GAUDIN François, GUESPIN Louis (1990), « Terminologie et Polynomie », in Les langues polynomiques, PULA Nos 3/4
  20. GOUADEC D. (1990), Ibidem, p. 14
  21. RASTIER François (1995), Ibidem, p. 49
  22. GUILBERT, Louis (1965), La formation du vocabulaire de l’aviation, Paris. Larousse. p. 8
  23. MEILLET, A., cité par GUILBERT, Louis, Ibidem.
  24. AMMONS, A.R., cité par STEINER, George, in Grammaires de la création (Grammars of Creation). Paris, Gallimard, 2001. Coll. «NRF Essais».

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