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dimanche 26 février 2012

Des milliards de dollars sur ... l'Avvenire !

28e billet !

* * *

Le 24 novembre dernier, je publiais l'info exclusive du procès civil n° 8500 en commençant mon billet ainsi :
D'ici peu, l'info va faire le tour du monde : la Dragon Family a déposé hier une assignation à comparaître au Tribunal de New York, citant en jugement, notamment, le gouvernement italien, la Guardia di Finanza italienne et Silvio Berlusconi himself...
Depuis, black-out global : difficile de se planter avec plus d'éclat dans ses prévisions ! À ma connaissance, PAS UN SEUL média mainstream n'en a parlé, ni presse, ni radio, ni télé, sauf quelques blogs d'illuminés, dont moi, gentil fumeur de moquette...

Enfin, selon Monsieur tout-le-monde, rien que de plus normal : pourquoi donc parler de procès "pittoresques" dont tout le monde se fout ?

Et puis hier, samedi 25 février 2012, surprise, GROSSE SURPRISE : je découvre l'info mentionnée à la une du journal catholique L'AVVENIRE, le "quotidien des évêques d’Italie", développée en troisième pleine page, avec au centre l'en-tête de l'assignation. J'en crois pas mes yeux !!!


Alors là, je peux vous dire que je me serais attendu à n'importe quelle autre source, mais pas celle-là ! Qu'aucun journal n'ait cité l'info en Italie depuis trois mois (fin novembre), alors que sont assignés à comparaître, entre autres, Berlusconi, le gouvernement italien et la Guardia di Finanza, déjà c'est peu compréhensible, mais que le premier journal à en parler soit l'Avvenire, en consacrant une pleine troisième page aux différentes affaires de bons, voilà qui ne cesse de me surprendre. Et de m'interroger !

Car au-delà des apparences, je subodore quelques raisons sous-jacentes inavouables motivant cette soudaine loquacité d'un quotidien pas particulièrement connu pour véhiculer des ragots, qui publie une telle info :
  1. à un moment où les relations entre l'État italien et le Vatican sont particulièrement tendues
  2. à un moment où les luttes intestines internes au Vatican livrent en pature au grand public les secrets rapports de force agitant les couloirs de Saint-Pierre, et 
  3. à un moment crucial où se joue la prochaine ratification - ou pas - de la future législation anti-blanchiment du Saint-Siège, qui indiquera à la communauté internationale si le Vatican entend continuer à se positionner comme un paradis ... fiscal - ou pas.
Or je vous rappelle au passage que dès 2009, une source proche du Vatican considérait ces titres AUTHENTIQUES :
AsiaNews vient de publier une mise à jour (IT) (EN) intitulée « Tout porte à croire que les titres américains saisis à Chiasso sont authentiques ! »

Donc avant de rédiger ce billet, permettez-moi de reprendre le post-scriptum de mon précédent billet sur la crédibilité d'AsiaNews : 
site géré par père Bernardo Cervellera, missionnaire de l'Institut Pontifical des Missions Étrangères, ex-directeur de Fides (1997-2002), l’agence de presse du Vatican, qui a vécu à Pékin et collabore actuellement au quotidien «Avvenire» et intervient comme expert de politique internationale dans des émissions télé de premier plan...

Une source reconnue, dont l'intégrité est difficile à mettre en cause ! 
Ceci étant précisé, voyons ce que nous dit ce nouvel article. 
1. D'abord il revient sur les déclarations du porte-parole du Trésor américain, Meyerhardt, et du porte-parole de la CIA, Darrin Blackford, qui ont affirmé que les titres étaient faux, tout en s'interrogeant sur la façon dont la CIA est parvenue à cette conclusion (via Internet ?), puisque selon les sources officielles italiennes, la commission d'experts américains attendue en Italie doit encore arriver...

Il précise également que les titres étaient accompagnés d'une documentation bancaire récente et ORIGINALE, et se demande par conséquent comment les autorités américaines peuvent établir que cette documentation aussi est fausse, dès lors qu'elle ne provient ni de la Fed ni du Trésor des États-Unis ?

2. Il insiste ensuite sur l'incarcération d'Hal Turner, qui fut le premier à indiquer - dès le 20 juin - que les titres étaient en possession de deux employés du Ministère japonais des Finances, et que d'après les numéros de série, les 134,5 milliards $ faisaient partie des 686 milliards $ de la dette U.S. officiellement détenue par le Japon. Il annonçait par ailleurs que dans les jours suivants il aurait été en mesure de communiquer les numéros de série pour prouver leur authenticité (TRN has been told to expect to receive serial numbers from the bonds as proof they are real. In addition, our source claims he can obtain scanned images of some of those bonds as well. If we are given such information or images, we will report them publicly.)

Or le 24 juin Hal Turner, personnage fortement controversé, a été incarcéré, apparemment pour des menaces qu'il aurait précédemment proférées contre des juges...

AsiaNews, sans se prononcer sur la crédibilité des infos relatées par Turner, remarque cependant qu'il fut en son temps à l'origine de révélations sur l'amero...
* * *
Je vous incite à relire l'intégralité du billet...

Mais revenons-en maintenant à la page d'hier de l'Avvenire pour l'analyser dans le détail, en commençant par les deux encadrés du bas, celui-de gauche remémorant l'opération Vulcanica et l'affaire du plutonium (à noter que le journaliste qui signe l'article, Nello Scavo, s'est occupé en décembre dernier du trafic de barres d'uranium impliquant Guido Garelli, dont j'ai déjà parlé...), et celui de droite la saisie des 180 milliards $, qui a également fini en eau de boudin...

Titre : Des leaders mondiaux également impliqués dans l'affaire des bons de Chiasso (Anche leader mondiali nel giallo dei bond Usa)
Sous-titre : "Faux" bons d'une valeur de 134 milliards. Et un procès "impossible" (Titoli "falsi" per 134 miliardi. E una causa "impossibile")
Intertitre : Intrigues et finance (Finanza e intrighi)

C'est à dessein que je traduis "bond Usa" par "bons de Chiasso", car c'est à eux que fait référence, de façon erronée, le journaliste de l'Avvenire, en reliant directement la saisie de Chiasso et le procès (Invece il caso dei 134 miliardi di dollari in bond Usa sequestrati a Como nel 2009 è finito davanti alla Corte distrettuale di New York) : or comme je le précise sur ma page dédiée aux 279 milliards de dollars, les titres subtilisés à Neil Keenan revendiqués dans le procès représentent une contrevaleur de 144,5 milliards de dollars, tandis que les titres saisis à Chiasso à Yamaguchi et Watanabe sont différents, et ils représentent "officiellement" une contrevaleur de 134,5 milliards de dollars...

Ceci dit l'avocat de Keenan explique de façon détaillée la saisie de Chiasso, donc l'erreur est compréhensible si l'on fait une première lecture rapide de la centaine de pages de l'assignation. Un avocat dont le journaliste nous dit qu'il est partenaire du cabinet juridique Bleakley Platt & Schmidt, "l'un des plus cotés de New York" (L’atto di citazione è stato depositato dallo studio legale Bleakley Platt & Schmidt, uno dei più quotati della Grande Mela...), d'où l'interrogation suivante :
« Pourquoi l'un des plus importants cabinets d'avocats de New York accepterait-il, quand bien même en étant confortablement rémunéré, de se mettre à dos les principales institutions de son pays, y compris le FBI et la CIA, et de risquer par ailleurs une mise en accusation pour avoir produit de faux documents ? ». Me William Hughes Mulligan, qui dirige l'équipe juridique en charge de l'affaire, n'entend pas dévoiler ses cartes et se limite simplement à exprimer "son désaccord respectueux avec les déclarations de Darrin Blackford", l'agent des services secrets américains qui a indiqué dans un courriel envoyé à l'Avvenire que "les bons saisis étaient de faux titres". 
«Perché mai uno dei più importanti studi legali di New York avrebbe dovuto accettare, anche se ben remunerato, di mettersi contro le principali istituzioni del proprio Paese, compresi Fbi e Cia, rischiando peraltro una incriminazione per aver prodotto documenti contraffatti?». L’avvocato William Hughes Mulligan, che guida il gruppo di legali che segue il caso, non vuole scoprire le carte, limitandosi a «rispettosamente dissentire dalle affermazioni di Darrin Blackford». Questi altri non è che un agente speciale dell’United States Secret Service, il quale in una mail ad Avvenire spiegò che «i titoli sequestrati sono strumenti fittizzi».
Le journaliste a donc contacté directement certaines des personnes impliquées dans l'enquête et le procès, dont Neil Keenan lui-même pour lui demander quelle preuve il donnait de l'authenticité des titres qu'il revendiquait. Keenan a répondu rapidement en transmettant au journal une copie d'une lettre de créance d'UBS (document bancaire classé "Top Secret"), datée de 2001, dans laquelle la banque attestait que les titres saisis ensuite à Chiasso et déclarés faux en 2009 par le gouvernement des États-Unis étaient bien négociables.

(Quando gli chiediamo la prova dell’autenticità dei titoli, prontamente ci trasmette copia di una lettera di credenziali con cui nel 2001 la banca svizzera Ubs attestava la spendibilità dei bond poi sequestrati a Chiasso e dichiarati "fittizzi" dal governo americano. Il documento bancario è classificato come "Top secret".)

Le journaliste a contre-vérifié ensuite auprès du siège de l'UBS à Zurich, qui a répondu dans la demi-heure que le certificat était faux, en précisant que le papier à en-tête portait le logo de l'Union des Banques Suisses qui n'existait déjà plus à l'époque, suite à la fusion, en 1998, entre l'Union de Banques Suisses et la Société de Banques Suisses, et que depuis UBS AG ne représente pas un sigle mais le nom légal de la société. Donc même si les tampons et les signatures semblent authentiques, le fonctionnaire de la banque précise : « Il n'est pas à exclure que des escrocs aient pu se servir d'un vieux papier à en-tête pour donner une apparence d'authenticité à des titres habilement contrefaits. »

(«Non è da escludere che qualche truffatore – spiega una fonte interna di Ubs – possa aver usato vecchia carta intestata per rivestire di autenticità titoli abilmente contraffatti».)

Pour autant, tout en mentionnant la "Dragon Family", dont il parle comme d’une organisation aux contours opaques, certes, mais très influente en Chine, au Japon et dans d'autres tigres de l’économie asiatique, Nello Scavo constate que, vrais ou faux, ces titres n'en ont pas moins servi à excercer diverses pressions pour tenter d'obtenir des avantages politiques et économiques (Come se, falsi o no che siano, quei titoli fossero lo strumento di pressione usato per ottenere vantaggi politici ed economici).

Et financiers, ajouterais-je, comme je l'explique à propos du "faux vrai" bon d'une valeur nominale de 870 millions de dollars, émis 50 ans auparavant par ce qui était alors le Crédit Suisse, le 14 août 1961, au nom du dictateur indonésien Soekarno, dont les magistrats italiens écrivaient dans l'ordonnance de saisie :
Même si le Crédit Suisse nous a informé que le titre était faux, nous ne pouvons considérer cette réponse authentique car la banque avait tout intérêt à empêcher qu'il soit négocié. En revanche, les preuves rassemblées durant l'enquête nous portent à croire que le titre est vrai, car, durant les écoutes téléphoniques, aucun des personnages interceptés n'a jamais mentionné qu'il était faux, pas même lorsqu'ils parlaient entre eux, en indiquant au contraire que les établissements financiers impliqués avaient montré un réel intérêt pour négocier le titre, y compris après avoir effectué leurs propres contrôles préliminaires en activant des canaux parallèles pour en vérifier l'authenticité.
Voyez-vous par hasard quelque analogie avec l'affaire qui nous occupe aujourd'hui ?

* * *

Je conclurai ce billet sur une deuxième "erreur" que commet le journaliste, en nous proposant comme photos de Akihiko Yamaguchi & Mitsuyoshi Watanabe ce qui n'est en fait que la photo d'un seul et même personnage, dont j'ai eu l'occasion de parler ici :
Ce serait quand même curieux qu'il s'agisse de Yohannes Riyadi (alias Wilfredo Saurin) et Joseph Daraman, déjà bien connus et dont les noms avaient été évoqués dans la première affaire...
Comparer avec les photos des passeports ici. Ceci dit, je trouve la coïncidence curieuse, juste au moment où le nom de Yohannes Riyadi revient sur le devant de la scène, prononcé ce mois-ci devant le Parlement britannique par Lord James of Blackheath (la chose n'aura pas échappé à qui lit les commentaires), lequel dénonce un "présumé" blanchiment d'argent d'une valeur de ... 15 000 milliards de dollars, qui aurait été réalisé en "avril-mai 2009" (date de la saisie de Chiasso : juin 2009...), en transitant par la Royal Bank of Scotland :

 

Mais j'approfondirai ça dans un prochain billet, car ça vaut son grain de sel ! Avec quelques connexions insoupçonnées...


lundi 20 février 2012

6279 milliards de dollars et la "théorie du complot"

27e billet !

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Billet de réflexion réunissant les 6000 milliards de dollars d'un côté, et les 279 milliards de dollars de l'autre (quand bien même les deux affaires n'ont peut-être rien à voir), écrit uniquement pour répondre à quelques réactions qui sont, de mon point de vue, au mieux peu avisées et au pire complètement débiles, mais surtout pour exposer une bonne fois ce que je pense de la facilité désarmante avec laquelle l'opinion publique se laisse manipuler en démocratie, à son insu de son plein gré, une manipulation qui se décline autour de deux pôles, aussi indissociables que le yin et le yang, ou, si vous préférez, que les deux faces d'une même médaille :
  1. la désinformation et la propagande scentifiquement organisées par le pouvoir et complaisamment relayées par les médias sous contrôle ;
  2. la passivité silencieuse, indifférente, égoïste, complice et coupable des masses qui ingurgitent tout ce qu'on leur fait gober sans le moindre esprit critique.
J'ai déjà eu l'occasion de dire que « la démocratie, ça se mérite », or malheureusement ces piètres réactions, aussi injustifiables au plan intellectuel que citoyen, m'induisent de plus en plus à penser que la plupart de mes concitoyens méritent la merde dans laquelle nos gouvernants nous font patauger, quand elle ne nous ensevelit pas...

Non pas que je pense être au-dessus de la masse, loin de moi cette idée, mais au moins j'essaie de me battre avec les moyens à ma disposition, qui sont les mêmes que ceux du voisin : une capacité illimitée de s'informer sur tous les sujets, grâce à Internet, pour tenter de me forger ma propre opinion sur les faits, qui n'est presque jamais celle qu'on voudrait que je me forge en me canalisant gentiment sur les rails d'une information formatée, conforme aux vues du Truman Show planétaire mis en place par tous les pouvoirs politico-économiques.

Mais arrêtons-là cette tirade lasse, après tout que chacun/e croit ce que bon lui semble, par contre ça me gonfle énormément lorsque quelqu'un pense répliquer à mes billets, en général plutôt fouillés et argumentés, par deux ou trois lieux communs laconiques et vides de sens. Du genre :
Oui, on m'a signalé ce blog pour cette série de posts. Il dit quelques trucs intéressants (...), mais le ton nettement « théorie du complot » lui fait perdre sa crédibilité.
Alors voilà ! Les intégralistes de la "théorie du complot" ont encore frappé ! J'ai écrit à ce jour plus de 25 billets sur cette histoire, en lisant pratiquement tout ce qui en a été publié en trois langues, en analysant cette masse d'infos pour en relever les incohérences, poser des questions, chercher des réponses, etc.

À noter que je n'ai jamais rien affirmé de tranché, pour la bonne et simple raison que je n'en sais rien, j'ai juste dit, et je le répète :
Au fil du temps, de tout le temps passé à faire des recherches et à écrire sur ces 134,5 milliards de $, je me suis forgé la convinction suivante : ces titres sont vrais ! 
C'est une simple théorie, étayée par de nombreux faits résumés ci-dessus, et il n'est question ni de complot ni de conspiration.
En faisant référence aux seuls 279 milliards de dollars, que ce soit clair pour l'instant, mais je ne vois pas en quoi cette conviction personnelle, s'appuyant sur de nombreuses infos et sources sérieuses, allez relire tout ce que j'ai écrit là-dessus, autorise le premier nul venu à affirmer du haut de sa suffisance que cette "simple théorie personnelle" est une "théorie du complot".

Les affirmations aussi inutilement péremptoires que basées sur du vent ont le don de m'énerver, que voulez-vous, il en serait tout autrement si quelqu'un reprenait mes arguments, un à un, en me démontrant en quoi ils sont faux, voire ridicules. Je suis tout ouïe, car contrairement aux pédants qui osent prétendre tout et le contraire de tout sans rien argumenter, je ne demande qu'à être démenti.

Mais je ne peux pas accepter ni me contenter de l'information officielle, qui tombe du haut sans jamais prouver quoi que ce soit, si ce n'est par grâce divine...

Exemple, dans cette nouvelle affaire des 6000 milliards de dollars, je ne me risquerais pas à dire d'emblée que les bons sont vrais, mais la précipitation unanime de la presse qui martelle le même refrain à l'envi sans fouiller l'info, en reprenant presque toujours les dépêches d'agence tout juste brodées par les petites mains de pigistes mal payés, m'empêche tout autant d'affirmer de prime abord, sans sourciller, qu'ils sont faux.

Il me semble d'ailleurs que sur le sujet les américains sont plus critiques que nous, puisqu'une source aussi sérieuse et reconnue que ZeroHedge ne manque pas de s'interroger, notamment sur la question des coffres (c'est moi qui graisse) :
While there is precious little in terms of detail coming out of the latest and literally greatest "fake" bond story in history, the BBC has been kind enough to release the pictures of the boxes that the supposedly fake bonds were contained in. While we reserve judgment on the authenticity of the bonds, what we wonder is whether the boxes were also fake. Because while we can understand why someone would counterfeit the Treasury paper itself, what we don't get is why someone would go the extra effort to also create a "fake" compartment in which to store it. In this case a compartment that is property of the "CHICAGO FEDERAL RESERVE SYSTEM." Perhaps Fed uberdove and Chicago Fed President Charles Evans will be kind enough to explain why Versailles Treaty Chicago Fed crates are floating around in Europe (and filled with $6 trillion in supposedly fake bearer bonds)?
En clair, si l'on admet facilement que des bons peuvent être contrefaits, on se demande pourquoi des faussaires s'embarqueraient, en plus, dans la contrefaçon de coffres qui appartiendraient au Système de la Réserve Fédérale de Chicago. Dont les autorités compétentes pourraient peut-être se donner la peine d'expliquer pourquoi de tels coffres se baladeraient dans la nature...

Mais poursuivons avec la même info, côté italien.

D'une part, après la saisie, un carabinier du Ros avait déclaré :
Le résultat de cette saisie est incroyablement surprenant, autant pour l’énormité de la valeur des faux bons que pour la facture remarquable des trois coffres... 
(Questo è un risultato incredibilmente sorprendente, sia per l’enormità del valore dei titoli di stato falsi, sia per l’accurata manifattura delle tre casse.)
Tandis qu'une autre source aurait confié à Reuters :
Les coffres étaient soigneusement contrefaits pour ressembler le plus possible à ceux de la Federal Reserve... 
("Le casse erano accuratamente contraffatte per assomigliare il più possibile a quelle della Federal Reserve", ha detto la fonte.)
Cherchez l'erreur ! Car vrais ou faux, dès lors qu'ils sont soigneusement contrefaits pour ressembler le plus possible à ceux de la Federal Reserve, cela veut bien dire ce que ça veut dire : que des VRAIS coffres existent, en tous points semblables, et qu'ils sont la propriété de la Fed.

Nous revoici donc au questionnement de départ soulevé par les américains : « Les responsables de la Fed pourraient peut-être se donner la peine d'expliquer pourquoi de tels coffres se baladeraient dans la nature... », et, ajouterais-je, se donner la peine d'expliquer aux béotiens que nous sommes quels sont l'histoire et le cheminement des vrais coffres...

Car lorsque l'on voit ne serait-ce que quelques photos de coffres, coffrets, coffres-forts et tout ce que vous voulez, on se dit qu'ils ont quand même bon dos, les faussaires ! Idem pour les contrefaçons des billets Kennedy, qui n'existent pas officiellement, d'où la question totalement baroque à laquelle personne n'a encore fourni de réponse intelligente ni plausible :
Pourquoi des faussaires iraient-ils jusqu'à falsifier des bons qui n'existent pas, qui n'ont jamais existé, qui n'existeront jamais ! Le faux absolu, en quelque sorte. En déployant des moyens pour le moins extraordinaires, en enterrant des valises, des coffres et des coffrets pendant des décennies, probablement dans l'espoir que le jour où tout cela serait déterré, par le plus grand des hasards, ils seraient enfin universellement reconnus comme les plus grands et plus clairvoyants faussaires de l'humanité. 
Ou les plus nuls, au choix. Pour tenter ensuite d'aller monnayer ces "faux absolus" auprès de banques et d'établissements financiers de tout premier plan ? Car n'oubliez pas que si la saisie des 6000 milliards a eu lieu en fin d'année dernière, les coffres sont quand même restés pendant près de 5 ans aux mains d'une société fiduciaire suisse, et je doute fortement qu'ils n'aient pas été utilisés pendant tout ce temps pour réaliser quelques opérations frauduleuses. La mafia n'est pas du genre à laisser dormir une telle richesse si longtemps sans rien faire.

Il y a un précédent récent en Italie : en août 2011, dans le cadre de l’opération Artù, les magistrats Sara Ombra et Nicola Gratteri ont saisi à la 'ndrangheta un bon d'une valeur nominale de 870 millions de dollars, émis 50 ans auparavant par ce qui était alors le Crédit Suisse, le 14 août 1961, au nom du dictateur indonésien Soekarno. Soit une opération de 39 milliards de dollars, en sommant les intérêts échus. Or les magistrats italiens écrivaient dans l'ordonnance de saisie :
Même si le Crédit Suisse nous a informé que le titre était faux, nous ne pouvons considérer cette réponse authentique car la banque avait tout intérêt à empêcher qu'il soit négocié. En revanche, les preuves rassemblées durant l'enquête nous portent à croire que le titre est vrai, car, durant les écoutes téléphoniques, aucun des personnages interceptés n'a jamais mentionné qu'il était faux, pas même lorsqu'ils parlaient entre eux, en indiquant au contraire que les établissements financiers impliqués avaient montré un réel intérêt pour négocier le titre, y compris après avoir effectué leurs propres contrôles préliminaires en activant des canaux parallèles pour en vérifier la véracité.
Étonnant, non ? Mais ce n'est pas tout, car le journaliste ajoute que l'on peut lire, page 40 de l'ordonnance :
Signalons parmi les sujets concernés l'ex-Administrateur délégué du groupe Unicredit [alors premier groupe bancaire italien], M. Alessandro Profumo, qui aurait également manifesté son intérêt pour négocier le titre, ce qui tend à prouver qu'il en aurait vérifié l'authenticité et l'aurait estimé fiable.
Un autre journal, le quotidien Live Sicilia, rajoute que M. Marco Massinelli, considéré comme l'un des meilleurs experts financiers et bancaires d'Europe, vice-président du Banco di Sicilia, dans le giron du groupe Unicredit, est sur écoutes lors d'une conversation avec Salvatore Mancuso, président de ce même Banco di Sicilia, le 3 dicembre 2009 :
M. Massinelli : - je voulais vous tranquilliser sur la question "Artù". J'ai eu aujourd'hui même une nouvelle confirmation sur l’attestation d'authenticité du …
Président Mancuso : - du titre 
M. Massinelli : - oui, une véritable post-vérification a été effectuée, à savoir…
Président Mancuso : - avec la banque, avec la banque 
M. Massinelli : - oui, une réelle vérification sur l'authenticité du titre
Président Mancuso : - mais eux, il… tu m'avais pas dit qu'il avait été contacté par un avocat pour faire une transaction ?
M. Massinelli : - si, il avait été contacté par plusieurs avocats qui lui avaient proposé plusieurs transactions.
Président Mancuso : - et donc, de toute évidence, il les connaît, ces avocats… 
M. Massinelli : - oui, on pourra se faire dire quels sont les noms 
Président Mancuso : - il les a rencontrés et donc il les connaît, non ? 
M. Massinelli : - oui, ils se sont rencontrés personnellement 
Président Mancuso : - OK
M. Massinelli : - OK, d'accord? 
Président Mancuso : - Ciao
Je vous rappelle que la conversation se déroule entre le président d'une banque et son vice-président, pas entre deux ploucs bourrés qui se racontent des brèves de comptoir...

J'arrête ici mais tout cela ne veut dire qu'une seule chose : que ce genre de titres existent bel et bien, et, par conséquent, qu'un marché existe bel et bien pour ce genre de titres !!!

Car selon le premier journaliste, la bande aurait même refusé une offre évaluée à 45% de la valeur nominale en la jugeant trop basse : pourtant, 45% de 870 millions de dollars, ça fait quand même 391,5 millions $ ! Le corollaire étant que des intermédiaires financiers de tout premier plan seraient disposés à payer une telle somme ... pour un faux titre, cela va de soi. :-)

Certes, il n'est pas donné aux gens du peuple de connaître ni de comprendre ces choses-là, mais comme le dit si justement Beppe Grillo : « Dites-vous bien que tout ce que vous ignorez est vrai... »

* * *
Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin, pour vous parler d'une deuxième étrangeté, bizarre de chez bizarre : successivement aux premières dépêches sur la saisie des 6000 milliards de dollars, un "petit" détail est ajouté dont personne n'avait initialement parlé. Ces escrocs de mafieux auraient tenté de monétiser les faux bons, tenez-vous bien, pour acheter du plutonium auprès d'intermédiaires nigérians !!! Bloomberg dixit.

Là encore, les américains sont les premiers à réagir en analysant ce passage :
How would Nigeria get Plutonium? Plutonium can only be created in (typically) graphite pile reactors. Nigeria has a small (31KW) commercial miniature neutron source reactor (MNSR) designed by China Institute of Atomic Energy (CIAE). 
The whole thing sounds like a Nigerian email money scam.
Et en effet, si l'on se penche un peu sur la question, le plutonium, qui a servi pour réaliser la première bombe atomique, est rarement disponible dans les drugstores d'Abuja, mais plutôt produit dans le cœur des réacteurs nucléaires. Or je ne sache pas que le Nigeria soit particulièrement riche en centrales nucléaires. À moins que, là encore, il ne s'agisse de plutonium contrefait par des faussaires fluorescents, vous savez, ces petits hommes verts...

* * *
Je pourrais développer d'autres arguments, mais je préfère conclure en revenant sur mon postulat de départ, à savoir la facilité désarmante avec laquelle l'opinion publique se laisse manipuler en démocratie, à son insu de son plein gré, une manipulation qui se décline autour de deux pôles :

1. la désinformation et la propagande scentifiquement organisées par le pouvoir et complaisamment relayées par les médias sous contrôle :

- Sans devoir remonter bien loin dans le temps, remémorez-vous l'attentat au pape "prophétisé" par un cardinal, que la presse dans son ensemble a liquidé sans le dire explicitement mais en le donnant à penser, qu'il s'agissait d'une info bidon véhiculée par un "journal de gauche" que le Vatican pouvait qualifier à bon droit de "délirante et ne correspondant à aucune réalité" !
Sauf à devoir reconnaître officiellement, dans la foulée, que pour autant qu'elle fût délirante, elle n'en était pas moins vraie...

- Ou encore en remontant un peu plus loin, mais pas trop quand même, cette interrogation prégnante :

QUESTION PRÉALABLE : MAIS QUE FAIT LA PRESSE ?

Ou est-il normal, après qu'un procès de plus de 1 000 milliards de dollars ait été formellement intenté le 23 novembre dernier contre, notamment, un gouvernement, un ex-chef de gouvernement, un corps d'armée, l'ONU, le secrétaire général de l'ONU, deux ambassadeurs, la fondation du forum économique mondial, etc., PERSONNE N'EN PARLE dans les médias mainstream ?

* * *
2. la passivité silencieuse, indifférente, égoïste, complice et coupable des masses qui ingurgitent tout ce qu'on leur fait gober sans le moindre esprit critique :

- à ma grande joie, quelqu'un a enfin daigné répondre à la question ci-dessus :
À mon humble avis de simple monsieur-tout-le-monde français, lisant tout ça sur le web : oui. 
On ne demande pas aux médias mainstream de relayer tous les procès engagés dans le monde, mais seulement ceux qui, pour une raison ou une autre, présentent un mimimum d'intérêt pour leurs lecteurs. En particulier, les actions "pittoresques" sont à trier avec soin.
Donc si j'en crois ce "simple monsieur-tout-le-monde français", cette affaire ne présentant aucun intérêt mimimum pour leur lectorat, les médias mainstream ont raison de rester silencieux puisque nul ne saurait leur demander de relayer les actions et les actus "pittoresques", à trier avec soin.

Ceci dit, ma soif de comprendre n'est pas épuisée pour autant, car qui décide qu'une saisie de 6000 milliards de faux bons n'est pas du tout pittoresque et digne d'être relayée sans la moindre analyse, tandis qu'un tel procès (parmi tant d'autres...) est tellement saugrenu qu'il ne vaut même pas la peine d'en parler ?

Je n'ai jamais songé entrer dans le mérite du bien-fondé de ce procès ou pas, je constate juste qu'il existe, et que le simple fait qu'il existe est une info en soi. Au moins autant que la saisie des 6000 milliards de soit-disant faux bons. Donc pourquoi claironner l'un, et taire l'autre ? Sur quels critères ? Purement numériques : 6000 milliards, oui ; 1000 milliards, non ? Décidés par qui, et pourquoi ?

Car si l'on fait abstraction un seul instant des incohérences nombreuses qui entourent ces affaires, au point de suggérer qu'il pourrait s'agir de gigantesques bidonnages, il n'en reste pas moins une demande centrale, cruciale :

De tels bons, de tels coffres existent-ils, oui ou non ?

Et tout ce qui en découle : histoire, origines, causes, implications, parcours, etc. etc.

Autant de questions que je me pose avec insistance depuis juin 2009, même si je n'ai pas encore obtenu de réponses catégoriques, sûres, transparentes, faisant autorité. Certains disent oui, certains disent non, et entre les deux des millions de personnes n'en savent foutrement rien. Moi y compris. D'après tous les éléments que j'ai pu rassembler (ceci est mon 27e billet sur le sujet), je suis fortement enclin à croire qu'ils existent, mais je n'en ai pas encore la preuve certaine, juste des indices. Un bon nombre d'indices, à vrai dire.

Pourtant ce qui me chagrine le plus, dans cette histoire, c'est moins de ne pas avoir de réponses, que de constater à mon corps défendant que la majorité de mes concitoyens ont renoncé depuis longtemps à se poser les vraies questions. Et pas seulement sur ces affaires, loin s'en faut. Ils préfèrent simplifier jusqu'à la caricature, pérorer des lieux communs, plutôt que tenter l'approfondissement, le discernement, la dialectique, la critique constructive, et ainsi de suite.

Or en démocratie, les citoyens ne doivent jamais cesser de s'interroger et de questionner le pouvoir, sur ses mensonges, ses tromperies, ses manipulations, ses corruptions, voire ses crimes, etc.

En démocratie, les citoyens ne doivent jamais cesser d'interroger les médias et leur demander des comptes pour avoir vendu leur indépendance - leur âme - au plus offrant.

Y renoncer, c'est renoncer à la démocratie.

Avec toutes les conséquences qu'on a sous les yeux aujourd'hui...


vendredi 17 février 2012

Opération "Vulcanica", saisie de 6000 milliards de dollars

26e billet !

* * *

Dans la série "279 milliards de dollars", voici du nouveau, et du lourd : il y a quelque temps (mais l'info n'a filtré qu'aujourd'hui), en collaboration avec les autorités helvétiques, et sur ordre du Parquet de Potenza, les carabiniers du ROS ont saisi en Suisse 6000 milliards de dollars en bons du Trésor de 1934 contenus dans trois caisses, qui auraient été transportées à Zurich depuis Hong Kong en janvier 2007, et détenues depuis par une société fiduciaire suisse.

Plus précisément, 5973 bons d'une valeur faciale de 1 milliard $ chacun, provenant de la Federal Reserve Bank de Chicago, Illinois.


Selon les enquêteurs, ces bons auraient été à la disposition du clan mafieux Quarantino-Martorano. Huit personnes ont été arrêtées dans le cadre de l'opération, dont une première saisie réalisée en 2010, de deux chèques tirés sur la banque HSBC de Londres, d'une valeur de 200000 livres sterling, avait conduit les enquêteurs au domicile de deux suspects où ils découvrirent les 4 premiers bons. Tout cette affaire ayant débouché sur l'actuelle saisie de ces 3 coffres.



Comme dans l'histoire de Chiasso, les autorités fédérales et bancaires américaines se sont empressées de déclarer que tout cela était faux et archi-faux... Sauf à tenter de les récupérer contre espèces sonnantes et trébuchantes pour éviter qu'il n'y en ait trop en circulation ! Ce n'est pas moi qui le dis, mais les autorités judiciaires italiennes, selon cet article de Repubblica :
Il ressort de la documentation acquise par les juges, que l'une des personnes arrêtées, Francesco Travaini, 61 ans, jugé comme un personnage majeur dans le cadre de l'enquête, avait déjà entamé des négociations « avec certaines autorités américaines qui n'ont pas été identifiées » (c'est écrit dans les actes) pour la vente des faux titres. Puisqu'il semble que les États-Unis, probablement en ayant été informés de l'existence de ces bons avant qu'ils ne soient saisis, se seraient montrés intéressés pour les récupérer afin qu'ils ne soient pas mis en circulation. Un avocat aurait servi d'intermédiaire dans cette opération, qui n'a pas été finalisée.

Dalla documentazione acquisita dai magistrati, è emerso che uno degli arrestati, Francesco Travaini, di 61 anni, ritenuto personaggio di rilievo dell'inchiesta, aveva avviato trattative "con alcune non ben individuate autorità americane" - è scritto negli atti - per la vendita dei titoli fasulli. Gli States, infatti, avendo forse saputo ancor prima del sequestro dell'esistenza dei bond taroccati, avrebbero mostrato interesse a venirne in possesso per evitare che fossero messi in circolazione. Intermediario dell'operazione, non andata in porto, sarebbe stato un avvocato di Milano.
Nous revoici donc à la case départ ! Car tous ces bons contrefaits, comme d'hab, ne sont pas seuls mais contenus dans des coffres, des sous-coffres, des armoires, etc. etc.

Et tous ces faussaires à l'imagination débordante ont vraiment fait fort, comme les coffres du même nom. Je suis en train de vous concocter une petite série de photos de ma collection, vous m'en direz des nouvelles...



Coffre qui serait "soigneusement contrefait, pour ressembler le plus possible à ceux de la Federal Reserve" ... (Le casse erano accuratamente contraffatte per assomigliare il più possibile a quelle della Federal Reserve). À comparer avec ces autres "mother boxes" (via ZeroHedge) :


ou :


dont l'histoire serait la suivante : Box History (lire également ce forum)




P.S. Commençons par la saisie relatée aujourd'hui, où l'on retrouve la fameuse série du Traité de Versailles :




Rappelez-vous, encore des valises, et des boîtes, et des coffres :


(et il y en a des valises...)


Ou d'une boîte dans un coffret ?


qui contient sous le Sceau des États-Unis


6 boîtes avec sur chaque tranche les n° de série et la composition de la boîte (généralement 250 bons, d'une valeur nominale soit de 1 milliard $ soit de 500 millions $ chacun)


avec au recto de chaque boîte l'inscription : Federal Reserve Bonds - Series of 1934 - Treaty of Versailles


Mais encore (source) :








Ce dernier me faisant penser au coffre chinois (numéros de série effacés par mes soins) :


Impressionnants, ces faussaires, non ?

* * *

Autres photos de la saisie d'aujourd'hui :








mercredi 15 février 2012

Le Vatican, un paradis ... fiscal !?

Dans mon dernier billet, je me suis mis en colère de voir qu'à ma connaissance, pas un(e) seule(e) journaliste ne traitait sérieusement la question du Vatican, la presse se contentant de coller-copier le même refrain à l'eau de rose sans informer son lectorat.

Par conséquent, hier j'ai été heureux de lire cet article de Flora Zanichelli sur Rue89, intitulé « Au Vatican, on ne lave plus son linge sale en famille », dans lequel elle fait un peu le tour de la question et s'attaque au coeur du problème, l'argent, en citant un extrait d'article publié le 9 février dernier sur l'hebdomadaire L'Espresso :
Au mois de novembre dernier, sept inspecteurs de Moneyval, l'organisme international de contrôle des mesures antirecyclage, sont venus au Vatican. L'examen a imposé des modifications encore plus restrictives aux lois vaticanes […]. Parmi lesquelles la faculté pour l'Aif [Autorité d'information financière créée il y a un an pour permettre l'entrée du Vatican dans la “ white list ” des Etats, avec les plus hauts standards d'exactitude et de transparence dans les opérations financières, ndlr] d'inspecter chaque opération de n'importe quel institut lié au Saint-Siège, IOR et Gouvernorat compris [...].
C'est moi qui graisse. Un passage à mettre en relation avec ce que je vous disais dans mon premier billet :
« Ça fait plus de 30 ans que la banque du Vatican lave plus blanc que blanc l'argent sale de la mafia et de la corruption politique, c'est historiquement et judiciairement prouvé avec une littérature à n'en plus finir, d'abord sous la gestion Marcinkus, puis De Bonis, et jamais elle n'a collaboré avec les autorités italiennes, au point qu'Antonio Di Pietro, juge symbole de l'opération mains propres, avait laissé échappé toute son amertume à la lecture du livre de Nuzzi, en déclarant que toute l'opération s'était arrêtée lorsqu'il avait commencé à frapper aux portes du Vatican :
Si j'avais eu ces documents dans les années 1990, aujourd'hui nous aurions une autre République...

Se avessi avuto questi carteggi negli anni '90 oggi ci sarebbe un'altra Repubblica.
Aujourd'hui, c'est un autre juge, Luca Tescaroli, qui renchérit :
Le IOR a une grande responsabilité vis-à-vis de certains événements, et notamment dans le meurtre de Roberto Calvi...

Lo Ior ha un grande debito nei confronti di determinati eventi e fra questi anche l’omicidio del banchiere Roberto Calvi.
Calvi qu'il fallait d'urgence réduire au silence... »
Car tout le problème est là : l'argent !

Déjà il apparaissait clairement que le Vatican n'avait aucune intention de collaborer avec une quelconque autorité judiciaire "étrangère" pour tous les événements qui se sont produits avant avril 2011. Du reste des enquêtes sont actuellement en cours, toujours pour des questions de blanchiment dans lesquelles le IOR et nombre d'ecclésiastiques sont impliqués ! Donc le projet de loi "de réforme" actuellement en dicussion vise vraisemblablement à se protéger pour l'après avril 2011, et faire ainsi en sorte que le Saint-Siège puisse rester longtemps encore cette formidable machine à laver plus blanc que blanc (je vous le disais, les atomes crochus avec Silvio...), lavomatique si pratique pour toutes les mafias et les corrompus/corrupteurs de toute la planète, mais surtout d'Italie...

Ce que démontre parfaitement l'avis du professeur Giuseppe Dalla Torre, président du Tribunal de la Cité du Vatican, qui sera mis en ligne aujourd'hui, sur le site du quotidien Il Fatto quodiano, le journal qui a sorti l'affaire et n'est décidément pas avare de scoops en ce moment, puisqu'il nous informe aussi d'une lettre signée par le Cardinal Attilio Nicora, président de l’AIF, l’Autorité d'information financière créée par le Vatican pour lutter contre le blanchiment et tranquilliser la communauté internationale, qui lance l'alarme, une de plus ! Je vous en traduis les extraits publiés par le journal (voir l'orginal italien en P.S.) :
Observons que la nouvelle version du projet de loi réforme en totalité la structure institutionnelle du système de lutte contre le blanchiment au Vatican, en redéfinissant les rôles et des compétences de l'AIF et en modifiant ce qui avait été présenté aux inspecteurs de Moneyval en novembre dernier. Remarquons en outre que le texte de la loi actuellement en vigueur avait été convenu avec la Commission européenne au moment où il a été adopté et, en dernier lieu, qu'il a fait l'objet d'une vérification positive par la Commission mixte UE - État du Vatican, prévue par la Convention monétaire signée le 17 décembre 2009 entre l'État du Vatican et l'Union européenne. 
Donc, dans cette affaire, les aspects inhérents à l'opportunité de modifier la loi, vis-à-vis de la communauté internationale, et aux risques encourus par le Saint-Siège en termes de réputation si nous adoptons des initiatives susceptibles de s'avérer incompatibles avec l'approche précédente, déjà vérifiée dans son ensemble, ne doivent surtout pas être négligés. (...) 
Car l'intervention générale sur la loi qui se dessine à présent pourrait bien être considérée, vue de l'extérieur, et quand bien même à tort, comme un « pas en arrière » par rapport au chemin entrepris jusqu'à présent. (...) 
Par ailleurs, pour ce qui concerne de plus près l'AIF, une première lecture rapide du projet de loi met en évidence ce qui suit, tout d'abord en faisant justement ressortir le rôle prépondérant du Secrétariat d'État en tant que responsable des politiques du Saint-Siège en matière de lutte contre le blanchiment d'argent, Secrétariat avec qui l'Autorité d'information financière doit entretenir des relations s'inspirant à une transparence et une collaboration absolues, compte tenu de son rôle de coordination nécessaire.

Le Secrétariat d'État, dirigé par le cardinal Tarcisio Bertone, numéro 2 du Vatican.

À suivre...
P.S. Original :
Va dunque osservato che la nuova versione della legge riforma in toto l'assetto istituzionale del sistema antiriciclaggio vaticano, ridefinendo compiti e ruoli delle Autorità e modificando l'impostazione illustrata in sede di verifica Moneyval. Si consideri, inoltre, che il testo della legge ora vigente era stato concordato con la Commissione europea all'atto della sua emanazione e, da ultimo, è stato oggetto di positiva verifica nell'ambito della Commissione mista Ue - Stato della Città del Vaticano, prevista dalla Convenzione monetaria tra lo Stato della Città del Vaticano e l'Unione europea del 17 dicembre 2009. 
Non va trascurato, in tutta questa materia, l'aspetto attinente ai profili di opportunità verso l'esterno e al rischio reputazionale a cui può andare incontro la Santa Sede adottando iniziative che potrebbero rivelarsi non coerenti con l'impostazione già apprezzata nel suo complesso.(...) 
L'intervento generale sulla legge che sarebbe ora operato potrebbe essere visto all'esterno, anche se erroneamente, come un ‘passo indietro’ rispetto al cammino sin qui percorso.(...) 
Per quanto poi riguarda specificatamente l'AIF, da una prima veloce lettura del contenuto della bozza balza evidente quanto segue: - da un lato, giustamente viene evidenziato il ruolo preminente della Segreteria di Stato quale titolare della politica antiriciclaggio della Santa Sede, con la quale questa Autorità deve rapportarsi con assoluta trasparenza e collaborazione, consideratone il necessario ruolo di coordinamento.

samedi 11 février 2012

Le journalisme sérieux existe-t-il encore ?

Ce billet est en quelque sorte une mise à jour du précédent sur l'attentat au pape "prophétisé" par un cardinal.

Tout spécialement écrit à l'intention de celles et ceux qui se prétendent journalistes et qui ne sont pas plus journalistes que je suis banquier moi-même.

Car voici maintenant ± 24 heures que le scoop a été publié, et j'avoue que les échos dans la presse donnent de sérieux indices sur la déliquescence du journalisme actuel !

Il n'est que de voir les résultats dans Google, une cinquantaine de journaux de langue française en ont parlé, mais à part quelques tièdes exceptions, seul le titre change. Sinon c'est partout la même soupe : pratiquement un copier-coller où sont mis en opposition de façon subreptice, d'un côté le "journal de gauche" qui a sorti l'info, de l'autre le Vatican qui qualifie ladite info de "délirante et ne correspondant à aucune réalité" !


Romeo lui-même a timidement tenté de démentir la teneur de ses propos (mais on ne voit pas comment il pourrait confirmer avoir prédit la mort du pape avec un an d'avance, sauf à devoir s'en expliquer devant l'opinion et, probablement, devant les juges), tout en reconnaissant dans un communiqué officiel qu'il a bien effectué un voyage privé en Chine à cette époque, d'une durée de cinq jours, et plus précisément à Pékin. Voyage qui serait probablement resté secret sans cet éclairage inattendu...

Donc avec un tel postulat de départ, il est clair que le soit-disant scoop c'est du n'importe quoi, encore un coup de complotistes-conspirationnistes à la con ! Entre de minables gauchistes et Sa Sainteté, y a pas photo messieurs-dames. Emballez, c'est pesé, à la prochaine...

Attitude commode, surtout, qui évite de devoir approfondir le sujet pour ne pas effrayer le lecteur si facilement influençable - ce à quoi ledit lecteur serait au contraire en droit de s'attendre si un zeste de déontologie journalistique animait encore ces scribouillards pisse-papier !

Car le porte-parole du Vatican a beau se gargariser avec son expression "délirante et ne correspondant à aucune réalité", il a quand même dû revenir sur ses pas dans la journée en précisant que le document était bien authentique !

Non sans ajouter dans la foulée que même si la note était vraie elle n'était pas sérieuse, et que donc elle n'avait pas été prise au sérieux : nous n'en sommes plus à une pirouette près...

Ces gens-là sont aussi menteurs que Berlusconi (ça doit d'ailleurs être pour ça que la soutane et lui ont tant d'atomes crochus).

Car si une telle note, "strictement confidentielle", est délirante et pas sérieuse, alors pourquoi la faire remettre en mains propres au pape par un cardinal ? Et le journaliste auteur du scoop, Marco Lillo (qui a reçu pas plus tard que la semaine dernière l'un des prix journalistiques plus prestigieux d'Italie...), s'interroge dans l'édition d'aujourd'hui :
Surtout pourquoi accompagner la note des annotations manuscrites suivantes :
  1. Avec qui Romeo a-t-il parlé ? (Con chi ha parlato?)
  2. Qu'a-t-il réussi à obtenir ? (Cosa è riuscito a ottenere?)
  3. Quelles informations a-t-il communiqué sur le Vatican et le gouvernement chinois ? (Che cosa ha informato con riguardo al Vaticano o al governo cinese?)
  4. Quels sont les intérêts des chinois en Sicile ? (Che interessi hanno i cinesi in Sicilia?)
  5. Où logeait-il en Chine ? (Dove ha loggiato in Cina?)
Oui pourquoi ? N'était-ce pas une note "délirante et ne correspondant à aucune réalité" ?

Et Lillo de conclure qu'il sait de source sûre que non seulement la note en question n'a pas été mise à la corbeille, mais que le mois dernier elle a été discutée en audience privée entre le pape et le cardinal Dario Castrillón Hoyos, destinataire - sinon auteur - de cette lettre "strictement confidentielle".

Donc pourquoi le lectorat francophone ne peut-il trouver ne serait-ce qu'un putain de journaliste sérieux qui s'empare de l'enquête pour essayer d'y voir plus clair ?

C'est bien gentil les faux aspirants Albert Londres de continuer à déléguer aux blogueurs la tâche d'informer sérieusement le public, comme toujours, mais pourquoi ne pas essayer de temps en temps de faire correctement votre boulot ?

Je suis persuadé que la démocratie y gagnerait, même s'il est probable que la chose ne vous touche guère. Vous me gonflez, tiens !


vendredi 10 février 2012

Le pape doit mourir !

D'ici la fin de l'année...


On le doit tous, vous me direz. Tôt ou tard. Mais le scoop publié aujourd'hui par le journal Il Fatto Quotidiano (un peu l'équivalent italien de ce que serait un Mediapart version papier, pour vous situer) est de ceux qui secouent l'actualité : un complot pour assassiner Benoît XVI serait révélé dans une note datée du 31 décembre 2011, signée par le cardinal Castrillón qui relate des confidences de l’archevêque de Palerme, Paolo Romeo, recueillies à son insu en marge de la visite effectuée par le pape en Chine, en novembre l'année dernière, et annonce même le nom du successeur : le cardinal Scola !


Cela remet immédiatement en mémoire la thèse de l'assassinat d'un pape précédent, Jean-Paul Ier, voire la tentative de meurtre sur Jean-Paul II par Mehmet Ali Ağca en mai 1981, et à celles et ceux qui taxeraient ça un peu trop superficiellement de "complotisme" sans bien comprendre le terme utilisé, je conseillerais de venir vivre une trentaine d'années en Italie, après quoi leur regard sur l'église ne sera jamais plus le même qu'auparavant...

D'ailleurs ça bouge en ce moment du côté de place Saint-Pierre, dans le droit fil de Vatican SA, si l'on en croit les récentes enquêtes de l'auteur du livre, Gianluigi Nuzzi, qui vient de consacrer deux émissions de sa série, “Les Intouchables” aux opérations peu catholiques du IOR, la banque du Vatican, après que l'actuel nonce apostolique aux États-Unis, ex-numéro 2 du Gouvernorat de la Cité du Vatican, Monseigneur Carlo Maria Viganò, ait adressé une lettre au pape en personne, dans laquelle il dénonçait des malversations et de la corruption dans la gestion du patrimoine du Saint-Siège, suite à quoi il fut immédiatement nommé à Washington fin 2011.

Or on ne peut qu'observer la coïncidence temporelle entre la note "strictement confidentielle" et la promotion-punition de Monseigneur Carlo Maria Viganò : dernier trimestre 2011.

Quant aux dénégations véhémentes du Saint-Siège, elles sont à peu près aussi convaincantes que celles d'un prêtre pédophile jurant ses grands dieux qu'il n'aime les gosses que pour leurs beaux yeux...

Ça fait plus de 30 ans que la banque du Vatican lave plus blanc que blanc l'argent sale de la mafia et de la corruption politique, c'est historiquement et judiciairement prouvé avec une littérature à n'en plus finir, d'abord sous la gestion Marcinkus, puis De Bonis, et jamais elle n'a collaboré avec les autorités italiennes, au point qu'Antonio Di Pietro, juge symbole de l'opération mains propres, avait laissé échappé toute son amertume à la lecture du livre de Nuzzi, en déclarant que toute l'opération s'était arrêtée lorsqu'il avait commencé à frapper aux portes du Vatican :
Si j'avais eu ces documents dans les années 1990, aujourd'hui nous aurions une autre République...

Se avessi avuto questi carteggi negli anni '90 oggi ci sarebbe un'altra Repubblica.
Aujourd'hui, c'est un autre juge, Luca Tescaroli, qui renchérit :
Le IOR a une grande responsabilité vis-à-vis de certains événements, et notamment dans le meurtre de Roberto Calvi...

Lo Ior ha un grande debito nei confronti di determinati eventi e fra questi anche l’omicidio del banchiere Roberto Calvi.
Calvi qu'il fallait d'urgence réduire au silence...

Avec au centre de ces nouvelles affaires, en point de mire, l'actuel Secrétaire d'État, le cardinal Tarcisio Bertone, dont la relation avec le pape est jugée "conflictuelle" : sous le sceau de la confidentialité, le cardinal Romeo aurait avoué que Benoît XVI "hait littéralement" l'ami Tarcisio et qu'il le virerait volontiers...

Ambiance à Saint-Pierre !

Crédit photo : mon fils :-)

P.S. Je pense que j'aurai l'occasion de revenir sur cette histoire...